Des boss et des maîtresses qui s'permettent, parce que : pourquoi pas ?

Des boss et des maîtresses qui s'permettent, parce que : pourquoi pas ?

Il était venu au parc à chien avec son chien et en tongues.

C’était sur ce détail qu’elle s’était arrêtée : il y avait de quoi qui clochait chez cet homme. Jusqu’à ses tongues, elle le pensait gentiment excentrique. Depuis la vue de ses tongues au parc à chien, elle le savait obsédé et souhaitant se placer en martyr. Il ne la faisait plus sourire. Elle voulait désormais qu’il s’en aille et la laisse promener son chien en paix, soit son chien à elle, qu’elle était venue promener, dans son parc à chien qu’elle adorait, qu’il était désormais en train de souiller, avec ses tongues et son air niais.

Elle lui avait donné rendez-vous ici. Elle ne pourrait pas le nier. Elle ne savait plus trop bien si elle lui avait répondu oui pour une promenade de leurs chiens respectifs dans son parc à chien à elle, ou bien si l’idée lui était venue un jour qu’elle s’était dit qu’il serait judicieux d’allier l’utile à l’agréable en passant du temps de jasette avec son donneur d’ordres tout en promenant leurs chiens dans son parc à chien à elle, plutôt qu’en gardant lesdites conversations à leur place, soit dans son bureau à lui. Maintenant qu’ils étaient ici tous les trois, lui pis son chien et sa paire de tongues, elle comprenait que son agréable parc à chien serait à tout jamais souillé, et qu’elle n’avait plus grand-chose d’utile à tirer des conversations avec cet homme.

La marche leur prendrait une bonne demi-heure au minimum. Les sentiers de ce parc à chien étaient sinueux et partaient dans les bois. Aucune boucle ne la ramènerait au stationnement en-deçà de ce qui lui semblerait une éternité, qu’elle passerait aux côtés d’un homme qu’elle ne souhaitait plus côtoyer, mais face à qui elle allait devoir continuer de faire bonne figure si elle voulait qu’entrent les mandats, et avec eux les soussous dont elle avait besoin. Sans moyen de s’enfuir et de laisser cet homme seul en tongues avec son chien au milieu des bois, elle se résignait à la marche qu’elle allait devoir subir, non seulement en alimentant la conversation avec ses questions, mais en voyant défiler les paysages qui lui étaient sacrées jusqu’à la vue des tongues du monsieur, qu’elle contemplerait pour la dernière fois, comme si de rien n’était.

Si elle restait courtoise, qu’elle marchait sans les presser, il trouverait certainement le moyen d’étirer la rencontre d’un autre quart d’heure, en suggérant un détour auquel elle ne pourrait dire non. Trois quarts d’heure, ou bien le double, soit une heure et trente minutes. Elle pouvait tenir : il y aurait une fin au supplice, et son calvaire était ben ordinaire. Le gars était gentil, pis y’était là en tongues. Il n’allait ni la blesser dans sa chair, ni lui courir après dans le concret. Le malaise n’était qu’entre elle et elle. Elle sentait qu’il la trahissait, mais expliquer comment ferait sourcilier et répondre : « ben là, franchement » non pas face aux agissements du monsieur, mais au regard de l’étendue de ses pressentiments à elle. Les détails qui la choquaient seraient ceux qui feraient sourire. Elle le savait, ce n’était pas sa première fois.

Elle avait appris jadis que l’un des profs de sport de son collège avait été arrêté. Il avait touché des élèves et placé des caméras dans les vestiaires, ou une affaire sordide de même. Elle ne l’avait jamais eu lui, mais elle s’était farci sa femme, deux années de suite, et le fait d’apprendre que le mari s’était fait pogner l’avait confortée dans l’idée que sa femme faisait alors avec elle de quoi de pas correc’.

C’était il y avait plus d’une décennie, elle devait s’y replacer pour comprendre qu’elle avait bel et bien eu raison de se tenir alors aussi loin qu’elle pouvait de cette femme qui la mettait mal à l’aise à lui donner la gerbe, sans pour autant ne jamais rien faire d’assez déplacé pour qu’on comprenne qu’elle « faisait avec elle de quoi de pas correc’ ».

Son alène, putride, elle ne l’avait pas oubliée. Elle la faisait éloigner son visage quand la prof se plaçait face à elle, ben trop près. En repensant à la bouche de cette femme, elle se surprenait à la remercier d’avoir eu alors une alène de chacal. Si elle avait senti bon, Dieu sait comment elle aurait réagi au comportement et aux rapprochements de cette femme, qui avait sur elle non seulement l’ascendant que lui octroyaient leurs statuts respectifs d’enseignante et d’élève, mais qui avait alors plus de quatre fois son âge. 

« Dieu merci, elle puait de la gueule ! »

Elle l’attrapait par la taille pour lui parler, un traitement qu’elle ne réservait qu’à elle, son élève préférée, qu’elle prenait en exemple pour montrer au reste de la classe ce qu’il fallait faire en suivant ses instructions, que seule son élève préférée comprenait, puisqu’elle était prof de son cours préféré.

« Dieu merci, elle puait de la gueule ! »

Elle l’humiliait quand ça lui chantait, en l’obligeant à montrer la première les exercices qu’elle ne savait pas faire, un traitement qu’elle ne réservait qu’à elle, son élève préférée, qu’elle prenait en exemple pour montrer au reste de la classe comment ne pas faire, i.e. les conséquences de l’insolence qui venait en ignorant ses instructions, que seule son élève préférée se permettait d’ignorer, puisqu’elle était prof de son cours préféré pour lequel elle était particulièrement douée.

« Dieu merci, elle puait de la gueule ! »

Elle la recadrait quand l’envie lui prenait, en la grondant de temps en temps pour son comportement, tantôt adéquat, tantôt déplacé, l’élève ne savait jamais, elle ne comprenait pas pourquoi la semaine précédente, elle était correc’, mais cette fois-là, elle dépassait les bornes, que cette prof dont la tronche ne lui revenait pas, mais qui était parfois sympa, semblait placer autour d’elle et déplacer à mesure qu’elle avançait, un traitement qu’elle ne réservait qu’à elle, son élève préférée, qu’elle prenait un malin plaisir à châtier, dans son cours préféré pour lequel elle était douée.

Il était du genre petit et pas costaud. 

On l'avait mis au judo pour qu'il apprenne à "canaliser son énergie".

D'après sa mère, il cassait tout ce qu'il touchait. Personne ne voulait le garder. Il n'y avait, semble-t-il, qu'elle pour être à-même de le supporter. Le petit n'avait pas de paternel, alors sa mère s'inquiétait : comment allait-elle lui inculquer le respect ? 

Un fils sans père, c'est compliqué.

Apprécier l'autorité n'est pas inné.

Elle ne s'y connaissait pas, elle, en petits garçons, et avec lui, elle le sentait : son fils allait devenir tout un polisson. Elle avait beau essayer de lui trouver un père, rien n'y faisait : ils finissaient tous par les quitter. Ils la quittaient elle, et avec elle, ils abandonnaient la place qu'elle leur avait concoctée pour qu'ils jouent un rôle de père auprès de son fils.

Le dernier en date était sur le point de se tirer.

Elle avait appris les signes avant-coureurs. Elle était rendue experte à les détecter. Il venait de lui sortir les arguments par lesquels tous, sans exception, disparaissaient. Alors, elle avait pris le taureau par les cornes, en inscrivant son fils au judo. 

Avec la carrure qu'il avait, son protégé semblait être né pour s'extirper.

S'il fallait escalader un arbre pour aller chercher un chat perché, c'est son fils qu'on appelait. S'il s'agissait d'un chien coincé dans un terrier, c'est également à son fils qu'on demandait d'aider. Puisqu'il était petit et pas costaud, sa mère connaissait le genre de tâches et le type de quêtes pour lesquelles son fils était parfaitement taillé.

Il cassait tout chez eux et chez les autres, alors pourtant qu'il avait pris les traits "doux comme un agneau" de son géniteur, l'ultime déserteur. 

Leur fils était insaisissable, comme incasable.

Parfois, il donnait à sa mère l'impression de ne jamais avoir perdu le vernis de fromage, ou vernix caseosa, par lequel il était né en une fraction de seconde. On avait failli l'échapper, tant son arrivée était soudaine. 

Bébé, elle avait souvent eu peur de le faire tomber : il ne pleurait pas, mais Dieu qu'il gigotait !

Enfant, elle ne craignait plus qu'il tombe. Il était tombé à moultes reprises, en cassant tout sur son passage, certes, mais sans jamais rien ne se casser, comme un os ou le nez.

Un jour, alors qu'il grimpait sur une armoire, il avait réussi à la renverser. Il s'était retrouvé écrabouillé par le meuble et son contenu, en avait perdu connaissance et quelques gouttes de sang, et en était sorti indemne : une coupure sur le front, et rien de cassé.

C'était à n'y rien comprendre.

Elle en était désarçonnée.

Son vernis de fromage, c'est toujours à lui qu'elle pensait.

Maintenant qu'il faisait du judo, son fils rayonnait.

Il écoutait le maître. Il saluait le tatami. Il participait aux combats. Il apprenait la technique. Il respectait ses adversaires. 

Du début à la fin, son fils était un judoka modèle. 

Au judo, le petit donnait de quoi être fière à sa maternelle.

Dès sa deuxième année en kimono, alors que la dernière figure paternelle en date s'était résolue à faire comme sa mère l'avait prédi (i.e. à la quitter), le petit pas costaud rencontrait un nouveau maître. Son deuxième enseignant de judo n'était pas petit, et il était costaud. Son nouveau maître avait la carrure et la technique de David Douillet.

Le petit, quant à lui, n'avait pas tant que ça changé.

En un an, il avait pris quelques centimètres et trois ou quatre kilos. 

En un an, il avait appris cinq ou six techniques debout, pour faire des croche-pieds.

En un an, il avait appris trois ou quatre techniques au sol, pour immobiliser.

Les techniques l'intéressaient, mais ce qu'il aimait dans le judo, c'était les sensations.

La sensation de chuter, de frôler le sol, de rouler, et de se relever, sans s'être blessé.

Il s'extasiait de la chute avant. Il adorait la faire, la refaire, la montrer, remonter, et recommencer. certaines faisaient la roue, lui faisait la chute avantLe coup de grâce, avec la chute avant, c'était de frapper le tatami, à la fin, avec sa main. Il faisait claquer le sol dans une ferveur que lui-seul connaissait. Il aimait le judo, car il aimait s'applaudir à une main.

Donner des claques au tapis, à s'en remplir les doigts de fourmis : c'était son truc à lui.

Mais le judo, ce n'était pas qu'une affaire de pirouettes, de croche-pieds, et de chutes avant. Le judo, c'était d'abord et avant tout l'ultime échappée belle.

Une fois tombé, il ne fallait pas laisser son dos être plaqué au sol.

Parfois, l'exercice commençait là. On sautait la case croche-pied et chutes en tous genres pour aller direct au nerf de la guerre : tu es déjà coincé, essaie donc de t'extirper.

Les exercices au sol, c'était son dada. Il était bon à ça, sans pour autant tripper plus que ça.

Les autres semblaient faire du judo pour faire voler leurs adversaires puis les écrabouiller sur le dos une fois rendus par-terre.

Lui faisait du judo car sa mère l'avait inscrit là, et maintenant qu'il était là, il revenait pour faire des culbutes en mode solo et faire chanter le tatami à la fin de ses numéros. La partie combat, debout comme au sol, il s'en fichait un peu.

Mais son maître à la carrure imposante et sa mère en manque de père en avaient décidé autrement.

Quand venait le temps de montrer les exercices, ou si la classe était en nombre impair, son nouveau maître ne le cachait pas : c'est le petit pas costaud qu'il prenait avec lui.

Sa mère assistait aux entraînements.

Sa mère voyait le maître prendre son enfant en exemple. Sa mère ne cachait ni son entrain, ni son plaisir, ni son soutien à la vue du maître saisissant son fils, le coinçant au sol et l'écrasant, gaiement, par sa technique et sa carrure, notamment.

Sa mère voyait dans ce traitement la marque du potentiel exceptionnel quoique balbutiant de son fils au judo. Non seulement, son fils écoutait les consignes, mais surtout, le maître témoignait d'une préférence pour son fils qui ne cessait de les impressionner.

Il était petit et pas costaud. Il ne connaissait pas grand chose au judo. Et pourtant :

Il arrivait à s'extirper de l'emprise d'un maître qui avait la carrure de David Douillet.

Le maître l'aimait bien, car il était bon et gentil.

Le maître le taquinait bien, car il était le petit.

Le maître avait fini par décréter qu'il mettrait dans sa bouche des zones érogènes du corps de l'enfant. D'où lui était venu l'idée n'était pas important : c'était tentant, faq le maître le faisait. La mère de l'enfant regardait faire, et applaudissait. À la fin des leçons, elle aimait aller papoter avec le maître. L'enfant entendait sa mère glousser :

"Moi aussi, j'adore manger cette partie de son corps !"

Le maître et la mère s'en faisaient une raison : 

L'enfant n'était plus polisson, et Dieu qu'il goûtait bon !

***

Savato Kiriako, usant du pseudo pour pas froisser, pis pas manger YET AGAIN another NDA

Retour au blog