Des obligations d’aînesse, au sein d’une fratrie tissée-serrée
Elle avait de quoi à prouver, et le potentiel pour le réaliser. Elle le savait.
Elle s’était assez longtemps scrutée, elle connaissait ce qui la distinguait
Elle était l’aînée d’une fratrie tissée-serrée. Cette situation de fait
Était son évidence : elle devait mener, notamment quand elle aurait
Préféré faire ce qui la tentait, comme elle l’entendait, ce que se permettait
Le reste de la fratrie, quand l’envie lui prenait, ce qu’elle regardait
Du haut de ses obligations d’aînesse, au sein d’une fratrie tissée-serrée
Tâcher de les comprendre et les aider, même quand la fratrie l’insupportait
S’efforcer de les rameuter, quand les membres de la fratrie s’égaraient
Leur faire à croire qu’elle n’y était pour rien, même quand elle avait
Soigneusement planifié et préparé le terrain, que la fratrie regardait
Comme si le paradis qu’elle avait construit était tombé, puis florissait
Comme par magie, celle du Saint Esprit, soit la providence du tissé-serré
Les dorloter pour leur permettre de rêver, telle était la mission de l’aînée
Sacrifiant ses petits plaisirs, pour ne jamais brider leurs grands délires
Elle n’était pas la première à y être passée, elle s’était renseignée
Elle avait lu, observé, écouté, pour tâcher d’entrevoir ce qui poussait
Le reste de la fratrie à faire comme si de rien n’était, sans qu’elle n’ait
L’envie de tout sacrifier, de s’enfuir, de les laisser, pour aller regarder
Le lever du soleil, ou son coucher, et par-ci par-là, prendre le temps d’écouter
Pousser les fleurs, comme elle l’espérait, ce qu’elle se gardait pour après
Quand viendrait le temps de penser à elle, avant de jouer à l’aînée
Elle avait plus d’un chat à dorloter. Elle n’avait pas le temps d’admirer
Chacun de ses petits chatons lui racontant l’étendue de ses doléances
Combien la vie était compliquée, comme si elle ne le savait pas déjà
Ce qu’il serait ben plus sympa de faire, comme si elle n’en rêvait pas
Elle devait les couper, poliment, en se gardant des remontrances
Dont elle savait qu’elles abimeraient les liens de leur tissé-serré
Avec les coussinets, et sans les griffes, c’est ce que maman chat faisait
Sur le petit nez tout frais de ses chatons, elle le savait, elle avait étudié
L’art de la discipline chez les félins, soient les indomptables, organisés
Raisonnement qu’elle tâchait de discerner pour ensuite le rapporter
Au milieu des loups qui l’entouraient, lesquels n’étaient pas apprivoisés
Et n’avaient ni l’envie, ni l’idée, ni l’énergie de passer leur vie muselés
Elle se tairait, pour les laisser parler, et les couperait, quand faudrait focusser
À un moment donné, fallait pas abuser : elle avait de la patience, mais
Elle avait aussi une vie à vivre et des rêves à réaliser, ce qu’on oubliait
À tant chercher ses lumières, plutôt que de se débrouiller, non mais
Franchement, parfois, elle n’en revenait pas, le culot, elle le voyait
Elle essayait d’en sourire, pour ne pas en pleurer, puisqu’elle tissait
Les liens de la fratrie : assez serrés, mais aussi aérés, et jolis, voire parfaits
Pourquoi pas, elle se disait, à un moment donné, fallait bien innover
Changer les patrons, sauter les étapes, apporter de nouvelles idées
Assez farfelues et intéressantes pour garder la fratrie intéressée
En empêchant, discrètement, les plus insolents de se moquer
Soit de prendre pour acquis la magie et la force de leur tissé-serré

Savato Kiriako, bienheureuse des tentatives fructueuses
D'apprivoisement parsemées
Ci et là par des aînées de fratries tissées-serrées