Dis-nous d’où vient ta fracture, on te dira où prier.
Elle rêve de sa liberté. Il rêve de sa connectivité.
Elle aimerait s’échapper, elle est coincée.
Il aimerait s’accrocher, il est isolé.
Elle a rompu avec la foi à force d’aller à la messe en passant par confess’.
Il n’a jamais considéré la foi, trop occupé à se faire recaler à l’entrée de tous les râteliers.
Deux fractures, deux résultats, similaires sur papier.
Deux fractures aux origines diamétralement opposées.
Alors qu’on brandit la laïcité comme étendard de liberté
La sécularité actée les laisse tous les deux
Seuls face à leur fracture, malheureux.
Il trouverait refuge au milieu des siens, priant dans une langue qu’il ne comprend pas, bercé par des hymnes qui feraient vibrer son cœur, en le reconnectant à ses ancêtres, ses racines, son identité, son lien coupé, l’origine de sa fracture spirituelle.
Comment, pourquoi ? Il ne se l’expliquerait pas. Il le sentirait dans son corps, dans sa chair, dans ses veines, sur ses os, entouré de leur présence, apaisé par leur voix.
La foi, c’est ça.
Elle trouverait refuge loin des siens, priant dans une langue qu’elle ne maîtrise qu’à moitié, assez pour se faire ses propres idées, sans pour autant se retrouver ni déconnectée ni cloîtrée, les deux seules options qu’elle connaissait, fut un temps, celui d’où est parti la métastase de sa fracture spirituelle.
Comment, pourquoi ? Elle le saisit finalement. Tout ce temps, quand elle croyait, c’était donc ça. Ce qu’elle ressentait de chaleureux et fidèle à Dieu l’était effectivement. On lui martelait d’avoir honte, d’arrêter, de se cacher, de prétendre, de se taire, de colporter l’opprobre et de la jeter, alors qu’à bien y réfléchir, ayant pris le temps de ressentir, dans l’espace calfeutré d’une maison de Dieu qui ne soit pas sa prison, c’est d’une évidence désormais imparable : elle croit, d’abord et avant tout, en soi.
La foi, c’est ça.
Et si l’on réparait les fractures spirituelles, un préjugé dégommé à la fois ?
Advienne que pourra.
