En poésie, chacun son rythme : La dévotion, lorsqu'elle frappe l'adolescence

En poésie, chacun son rythme : La dévotion, lorsqu'elle frappe l'adolescence

La Présidente de la 13e chambre correctionnelle

 

Elle a à ses côtés deux autres robes.

Elles ont toutes les trois le même pouvoir décisionnel.

Au moment du vote, les deux autres ensemble l’emporteraient sur elle.

 

Mais elle est la Présidente, alors elle préside à l’audience.

 

C’est elle qui décide : le tempo, les questions, le niveau à partir duquel

Elle serait en droit d’expulser quelqu’un de la salle.

 

Elle a le pouvoir ultime sur les règles applicables

Au fonctionnement de la 13e chambre correctionnelle

Tant et aussi longtemps qu’elle la préside.

 

Lorsque je la découvre, je suis dans une position de subordination.

 

En franchissant le seuil de la 13e chambre correctionnelle, 

Je suis placée sous l’égide de la Présidente de la 13e chambre correctionnelle,

Laquelle s’assurera, notamment par l’exercice de son égide,

Que l’entrée est libre pour assister aux audiences qu’elle préside.

 

Le bon fonctionnement de la machine de Justice dépend d’elle.

 

Dans le répertoire de la 13e chambre correctionnelle :

Tout ce qui ne va pas spécifiquement ailleurs,

Tout ce qui ne tourne pas rond à la maison, notamment,

Mais qu’est encore récupérable, très certainement.

 

C’est pour cela qu’on tient des audiences, durant lesquelles

La Présidente de la 13e chambre correctionnelle

S’assurera de la mise en œuvre de toutes les circonstances favorables

 

À l’avènement de la vérité et à l’exercice de la Justice.

Sans eux, aucun espoir de réconciliation.

Sans espoir de réconciliation, aucune paix n’est envisageable.

 

Sans paix envisageable, pourquoi faire Justice ?

 

Le temps de l’audience, la Présidente de la 13e chambre correctionnelle

Déploie la machine de Justice, soit les outils de Thémis

Auxquels elle peut recourir, comme bon lui semble,

Le temps de l’audience qu’elle préside et pour laquelle

 

Elle a le dernier mot quant au tempo.

 

La Présidente de la 13e chambre correctionnelle est la chef d’orchestre,

Le temps de l’audience qu’elle préside, des témoignages qu’il convient d’exprimer

Afin de contribuer, par l’exercice de la Justice, à l’avènement de la vérité

Dans l’espoir de la réconciliation.

 

 

Sans espoir de la réconciliation, pourquoi faire Justice ?

 

 

Ce midi, une famille. Un père, une femme, leurs deux enfants.

Il a touché sa fille dans des circonstances méritant qu’il soit apporté

Aujourd’hui, face à la Présidente de la 13e chambre correctionnelle

Et les deux autres magistrates avec elle, lesquelles, ensemble, incarnent

 

Thémis exerçant le pouvoir de juger

Par la voie de la Justice

Dans l’espoir de la réconciliation

Grâce à l’avènement de la vérité

 

Quant à la question, en l’espèce, de savoir ce qu’il s’est passé

Entre ce père et sa fille

 

 

Les deux personnes concernées (i.e. la fille et le père) partagent leurs témoignages.

À lui, on demande de s’exprimer sur les faits et sur ses intentions.

À elle, on ne demande que de partager sa version des faits et ses sentiments.

 

Les deux autres membres de la famille seront appelés à s’exprimer :

ü  Sur les faits, tels qu’ils les ont perçus d’après leurs perspectives respectives ;

ü  Sur leurs espoirs pour la suite, i.e. leurs recommandations quant à la peine ;

ü  Sur leurs actes à eux, et non pas ceux du père et de la fille, 

En réponse : 

À la découverte d’indices permettant de suspecter

Que le père touchait sa fille dans des circonstances inappropriées

 

Inappropriées, dans la mesure où ces circonstances le mènent aujourd’hui à être jugé

D’avoir commis un délit passable d’une peine de réclusion,

Soit d’avoir eu un comportement jugé assez grave pour mériter une peine de prison,

Soit le châtiment le plus sévère à la disposition

 

Des juges de la 13e chambre correctionnelle,

1)      S’il advenait que ce père soit reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés ;

2)      Si la cour devait estimer adéquate la peine requise par le parquet

(le parquet est aussi appelé ministère publique ou procureur, soit la robe représentant l’intérêt général, i.e. la société)

Dans la mesure où le ministère public vient de requérir plusieurs années de réclusion criminelle.

 

Le père, la femme, et les enfants sont fébriles.

On pleure de tous les bords, le père, la femme, comme les enfants.

La famille se tient serrée. Elle se fait dire de garder une distance d’avec le père

Lequel est dans un box à part.

Quand le procureur parle, la famille tente de l’interrompre.

La présidente de la 13e chambre correctionnelle intervient.

 

Elle est autoritaire, pas peu près.

 

Elle dit à la famille d’arrêter le capharnaüm.

Elle le dit tranquillement, et on s’exécute sans broncher.

On comprend que la famille s’oppose à la réclusion criminelle du père.

Les quatre témoignages sont concordants : il ne nie pas, il admet.

Il a honte. Ça se lit comme si c’était écrit EN GRAS sur son front.

Il ne minimise pas, mais n’arrive pas non plus à s’expliquer

 

Quand on lui demande pourquoi, il est comme pétrifié.

Heureusement pour lui, et pour cette famille

Aujourd’hui à l’audience, on n’a pas n’importe qui.

 

 

Aujourd’hui, sur l’estrade, trois robes qui se ressemblent, mais surtout :

Aujourd’hui, c’est face à la Présidente de la 13e chambre correctionnelle que ce père

Se présente, plein de honte, le goût de gerber, et qu’aimerait bien passer à aut’ chose

Sans pour autant minimiser.

 

 

L’une des juges est insupportable.

 

Elle était avocate de formation, vient de passer concours parallèle, et se comporte au siège

Comme si elle était là pour mettre des baffes au prévenu (le père).

Elle est désagréable, cassante, franchement ridicule, mais malheureusement,

Faut ben elle aussi lui donner du temps de parole,

Pis elle kiffe prendre le temps de poser des questions au prévenu

 

Pour au final juste lui rentrer dedans comme une PADKLASS.

 

Lorsqu’elle parle, et puisque la salle d’audience est quasiment vide à l’exception

Des parties statutaires au milieu de l’arène et de moi-même au milieu du public

La meuf me regarde parfois pour checker si j’vois son show.

 

Je suis jeune, mais pas née d’la dernière pluie. Une meuf qui cherche l’attention

J’les vois aller, notamment quand elle cherche mon attention à moué,

Faq anyway, il y a une des trois juges qu’est juste odieuse,

Pis qui prend le micro de juge en faisant un peu genre Jme LAPÈTE.

 

 

Et malheureusement pour nous, on doit s’farcir son 5 minutes de gloire

 

Où tout c’qu’elle veut c’est assouvir ses propres besoins de vengeance

Et que cette attitude se traduit par un comportement indigne de sa fonction

Mais qu’on doit supporter tant bien que mal car madame est rendue juge

Pis que quand c’est elle qu’a l’micro, a fait ben c’qui lui plait

Puisqu’elle n'est plus en bas avec la foule, maintenant la meuf est rendue juge

Faq elle est rendue au siège

 

Et la Présidente de la 13e chambre correctionnelle a une limite à son pouvoir d’autorité

C’est la face qu’elle doit garder straight quand la meuf à côté d’elle se comporte

Comme une PADKLASS, faq elle entache la robe et fait honte

Non pas à la profession, elle n’est plus avocate

Mais bel et bien à l’institution de Justice, qu’elle est censée incarner aujourd’hui

Et à qui elle fait honte.

 

Car cette meuf, bien que juge, se comporte, par le sens et l’insistance de ses questions

Comme usurpatrice du pouvoir de juger

Lequel elle partage avec les deux autres magistrates

Et devra suivre leurs délibérés, à huit clos, c’est-à-dire juste elles trois, sans témoin

 

Faq on ne devrait pas pouvoir déduire son jugement

(ce mec devrait avoir honte et aller en taule !)

De l’air qu’elle brasse pendant qu’elle a le micro de la 13e chambre correctionnelle

Ce serait manquer aux obligations qui s’imposent à elle

 

Pour que Thémis garde la face devant cette famille

Pis qu’on puisse les laisser continuer leur vie, comme ils peuvent,

Avec l’espoir de la réconciliation, après le passage de Justice,

Et l’avènement de la vérité quant à la situation de fait entourant ce père et sa fille.

 

 

Je roule les yeux, en espérant que la meuf me voit, mais pas tant. J’fais pas ma maligne.

Je suis fébrile moi aussi. C’est un sujet dérangeant, que je n’ai pas vécu en tant que tel

 

Mais quant auquel je peux tenter de comprendre

Les nuances qui ont amenées cette famille à devoir se faire passer un savon par la meuf.

 

Car ses questions aux trois autres sont toutes aussi déplacées.

La véhémence n’a pas sa place au siège. Cette meuf fait honte à Thémis.

A chiale même sur la fille. Elle lui dit : Pourquoi vous le défendez ?

 

Elle ne lui demande pas avec curiosité bienveillante, celle du grade du Bon Juge Magnaud.

Elle lui demande avec un air péremptoire, celui d’la meuf qu’est convaincue que la fille est neuneu.

C’est un comportement inadmissible, qui n’a pas sa place à l’audience.

 

Alors, la Présidente de la 13e chambre correctionnelle sonne la fin d’la récré.

 

 La Présidente de la 13e chambre correctionnelle

Sonne la fin d’la récré.

 

Voilà des semaines que je l’écoute, elle me fascine ! Je vais la voir sur ma pause de lunch.

J’ai hâte à chaque jour de la retrouver. Je suis stagiaire, et j’aimerais devenir magistrate.

Je ne suis pas en stage avec elle, mais ses audiences sont publiques, faq j’peux m’faire tite souris

 

Pis aller apprendre les filons de l’exercice des pouvoirs de Justice en l’admirant,

Notamment le pouvoir de juger, soit le maniement de l’outil ultime de Thémis

La faculté de dire : toi, tu ne pouvais pas, alors toi, tu devras désormais…

 

La faculté de dire : toi, tu ne pouvais pas, alors toi, tu devras désormais…

Voilà un pouvoir à ne pas prendre à la légère.

C’est pour cela que le pouvoir de trancher, soit de juger, est représenté par le glaive.

C’est aussi pour cela que les PADKLASS ont pas rapport avec leurs ego trip perchés

Et ce, quelle que soit la couleur de leur robe, la durée de leur office, et la dorure de leur nom

L’exercice du pouvoir de Justice n’appartient pas au juge, il ne fait qu’être traversé

Son office est aussi important que celui de l’artiste, et pour la vaste majorité des juristes, c’est à des artistes de très haute voltige qu’on a affaires, comme c’est le cas de la Présidente de la 13e chambre correctionnelle que j’ai eu le privilège d’admirer, et ce n’est pas le niveau de dignité auquel j’ai vu la meuf exercer son pouvoir.

 

Lorsqu’on est assis sur un symbole et qu’on en porte les signes

On ne peut pas faire « tout ce qui est en notre pouvoir ».

En l’espèce : l’avocate fera tout ce qui est en son pouvoir pour défendre, alors que la juge incarnera les pouvoirs de justice dans l’exercice de son pouvoir de juger

Ce n’est pas la même chose. La distinction est fondamentale.

 

L’avocate est Némésis.

La juge est Thémis.

 

Némésis fera tout ce qui est en son pouvoir pour que justice puisse être rendue par Thémis.

Ce n’est pas la même chose.

La distinction est fondamentale, elle est donc à comprendre.

 

L’exercice du pouvoir doit être à la mesure de l’institution

i.e. l’institution doit rester au cœur de toutes les décisions exercées en son nom

 

 

Comme par exemple : quand une meuf prend le micro

Pis qu’elle est assise en haut et porte une jolie robe

Et qu’elle a droit de poser des questions pour permettre

L’avènement de la vérité, dans l’espoir de la réconciliation

 

Laquelle, pour une famille, appartiendra toujours à la famille

Sans pour autant qu’on accepte l’omerta,

Puisque le silence n’est pas l’avènement de la vérité

 

Le maintien de la paix des familles n’est pas prétexte au silence

L’existence de faits jugés répréhensibles par la société

Au sein d’un sous-groupe de cette société

Nécessite l’intervention de Justice

Par l’avènement de la vérité

 

Vérité doit sortir du sous-groupe, car elle lui appartient, et s’exposer, pour éviter l’omerta,

Au regard de la société, c’est-à-dire du public, ce que cette journée-là, je dois reconnaître

Est composée du procureur (au nom du ministère public)

Et de moi (en tant que seule membre du public)

 

 

Y’avait pas d’autre monde cette journée-là qu’avait l’goût d’aller écouter

Les histoires de cette famille

Que je découvre car je n’ai d’yeux que pour la magie de la Présidente de la 13e

 

Je dois préciser : cette femme me fait l’effet de la main de fer dans un gant de velours

Elle m’impressionne, pas peu près.

Le ton de sa voix est ensorcelant. Elle est calme et ferme.

Elle a aussi un très joli parler. L’écouter est charmant.

Mais c’est le contenu de ses répliques qui me désarçonne.

 

Elle mène les débats comme j’ai jamais vu ça.

Elle nous épargne l’ego-trip de sa collègue en rebondissant sur les réponses désolées

Aux piques éhontées de la meuf, à qui je roule les yeux

 

Quand c’est au tour de la Présidente de la 13e

Soit qu’elle ait récupéré gracieusement le micro

Soit que ce soit officiellement le tour de ses questions à elle

 

La dance de l’audience est raffinée.

 

 

J’ai écouté toutes sortes d’histoires en audience.

J’ai vu plus d’un ballet gracieux sous l’égide de la Présidente de la 13e chambre correctionnelle.

Je l’ai vue renvoyer des questions qu’étaient en fait des conseils.

 

Des leçons de morale comme celles qui font du bien à l’âme.

Par une de ses leçons de morale, j’ai notamment acquis la possibilité

De considérer la position de ce père avec douceur, malgré la colère

 

La colère mais pas l’aigreur. ZAZ nous le chante,

La Présidente de la 13e chambre correctionnelle nous le démontre.

 

Après avoir badigeonné sa honte sur toute la salle, le père se fait demander

Par la Présidente de la 13e chambre correctionnelle, de retourner

Au bourgeonnement de l’adolescence de sa fille

C’est là que ça a commencé.

 

Elle lui dit :

« Vous savez, c’est très courant pour les pères de ne pas savoir comment réagir

À la vue de leur fille qui devient une femme. »

 

Elle le dit avec une voix tendre et sincère.

Il ne répond pas, mais le silence se fait,

Non plus comme une omerta,

Mais comme un filet

De lumière.

χ

 

Sarah Catherine Megas, Sciences Po-HEC Montréal Alumni, pour la réplique à la meuf

&

Savato Kiriako, pour le choix des mots

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