Il est affolé. Elle est en mautadit. Ainsi va la vie du chat et de la souris.
Lui ne voit plus qu’elle.
Elle est rendue son tunnel.
Plus rien n’a d’importance :
Il a trouvé son ciel.
Il passe ses journées à tâcher de résoudre l’enjeu pressant du moment. C’est lui qui le garde éloigné. Leur rencontre l’a fait voler en éclats. Il n’a plus le sens d’aucune autre priorité que la seule qu’il voit désormais :
« La retrouver ! » Il n’a pas la moindre idée de ce que chaque journée lui prépare comme surprise, ni quels pièges elle lui a mijoté. « La retrouver ! » semble être la seule affaire qu’il soit en mesure de formuler.
« La retrouver ! ».
Il commence ainsi à radoter.
Il y a des jours avec, et des jours sans. L’absence est insoutenable, puisqu’il est déclenché.
« La retrouver ! » il a beau le chanter, le répéter, le marteler, « La retrouver ! » « La retrouver ! »
« La retrouver ! », rien n’y fait : même s’il y croit, il ne la retrouve pas.
Les premiers temps, il se pensait invincible face au temps.
Elle est son éternité. Il l’a reconnue immédiatement. Il n’attendait qu’un signe. Il est certain de l’avoir cerné. Il ne voit plus de raison d’attendre. « La retrouver ! » Il s’agite comme un forcené, non pas car il ne sait pas attendre, ni car il ne sait pas construire, même si à bien des égards, il n’est pas très doué pour attendre, ni très intéressé à construire.
Il s’agite avec la ferveur d’un forcené, car tout ce qui l’importe, c’est la réunion. La revoir, pour être témoin de son existence, pour commencer. Elle existe, pour vrai, il le sait, puisqu’il ne voit plus qu’elle. À tant la voir symboliquement, il voudrait la revoir pour vrai. Son image et le timbre de sa voix, s’il ne peut avoir que ça, c’est déjà ça. C’est mieux que rien, il s’y fera.
« La retrouver ! » Il y croit.
Il n’est pas du genre à rêver. Dès lors, il ne sait pas comment « rêver l’avenir », ce qui inclut leur avenir, ensemble et séparemment. Son mode de base, c’est la survie. On ne rêvasse pas en mode survie. On ne bâtit pas non plus. On essaie de s’en sortir, et on se passionne pour le projet du moment qui semble montrer une possibilité de survie et permettre une projection dans un avenir proche.
Il n’imagine pas sa vie dans un an, puisqu’il en est incapable. Il n’était à la base pas très doué pour fantasmer, mais depuis elle, tout a valsé. Il est activé dans son amour pour elle. Il veut l’aider, l’allégeance étant son aimant principal, soit celui par lequel il s'est rendu jusqu'à elle, et ensuite pouvoir l’admirer, puisqu’il lui voue une dévotion totale.
À ses yeux, elle n'est pas banale, bien au contraire : elle est géniale !
Mais rêver demain avec elle, en jours, en mois, ou en années, cela sort de son champ de compétences, puisqu’il ne sait pas se projeter autrement qu'en sautant. Il est activé. Il veut créer pour elle. Il se sent comme possédé. Il ne sait plus où donner de la tête. Il semble d’ailleurs l’avoir perdue : sa tête, et avec elle, sa mie, qu’il ne voit plus.
De son côté à elle, c'est moins simple, i.e. c'est plus compliqué.

Elle, elle l’attendrait encore volontiers des années entières. Maintenant qu’elle l’a vu, qu'elle l'a entendu, qu'il lui a dit "salut !", elle l'a reconnu, alors elle le sait :
C’est lui qu’elle attendait !
Alors, attendre un petit bout de plus, ce n’est pas la mer à boire, puisque dans ses souliers, elle s’est déjà, pour l'attendre, abreuvée d’un océan entier.
L’attendre, c’était long en maudit.
L’espérer, sans savoir qu’il existait pour vrai, soit passer son temps à rêver, qu’un jour ou l’autre il arriverait, semblant crever le ciel, en sifflant, comme si de rien n’était, voilà tout un exploit : celui qu’elle a réalisé.
Pour continuer de croire en lui, avant lui, il a fallu qu’elle ait la foi. Elle l’a rêvé, il est là désormais, et si elle a du mal à contenir sa joie, elle a encore plus de misère à contenir sa colère, lorsqu’elle comprend comment son prince charmant a utilisé son temps et ses ressources (comme son corps et son argent) pour se retrouver face à elle.
Il en a fait du chemin, pendant qu’elle l’attendait.
Il lui faudra du temps pour se faire à l’idée, alors elle tempérera pour qu’il arrête de se presser, certes, mais elle s’éloignera surtout pour recommencer à respirer. Il a joué à saute-mouton pour arriver devant elle. Il continuera de sautiller en l’attendant, soit jusqu’à ce qu’elle soit décidée.
Pendant qu'il l'attend, il comprend.
De son côté, elle n'a pas attendu de le rencontrer pour faire ce qu'elle aime faire, notamment façonner des garçons.
Il se retrouve alors un peu perplexe : elle semble vouloir une exclusivité qu'elle-même n'est pas tant que ça intéressée à lui donner. Elle ne sait pas qui est le père, mais elle lui en veut de s'être cassé. C'est un tantinet mélangeant, pour lui, maintenant, qui l'attend.
Il est affolé, et désormais désabusé.
Elle est en mautadit, et désormais sans lui.
Ainsi va la vie du chat et de la souris.
***
Sarah Catherine Megas, qui a fait et refait plus d'une fois son baluchon
Savato Kiriako, qui s'éforce de repeindre ses galères en chansons