Les lois de prédilection du gâchis charpentier

Les lois de prédilection du gâchis charpentier

Quatre corpus de lois avaient permis au gâchis charpentier d’infiltrer le cœur et la raison de l’humanité pour la détourner des messages émis sur les fils de l’intuition :

Les lois de la médecine, les lois de la finance, les lois des hommes et les lois de la physique.

Les lois de la médecine avaient terrorisé l’humanité dès son commencement. Comprendre la faillibilité du corps, lequel répondait, parfois, à ce qu’on lui demandait et finissait, souvent, par n’en faire que comme bon semblait lui sembler, voilà qui agaçait même le plus raisonnable des individus. Le corps avait sa raison que la raison et la volonté ne suffisaient pas à dompter. C’était frustrant, pas qu’à peu près. En sus de l’insolence du corps, sa décrépitude apparente une fois passée la vigueur de la jeunesse, sa vulnérabilité face à la maladie et l’aisance avec laquelle le diable et le mauvais sort pouvaient mettre fin à la vie suffisaient à faire s’incliner face aux lois de la médecine tout être doté de raison.

En réponse à cette peur existentielle et tétanisante, une partie de l’humanité percevait un appel d’apprendre les lois de la médecine. Parmi celles et ceux à même de déchiffrer les lois de la médecine, une infime partie rêvait de maîtriser en sus les lois de la finance.

Les lois de la finance permettaient à certains de dormir, boire et manger en sécurité, pendant que d’autres crevaient de faim, de soif, de froid, de chaud, d’une maladie curable qu’« on n’avait juste pas les moyens » de soigner, sous un toit, dans la rue, à l’hosto, en plein désert de midi, dans la forêt, ou au beau milieu de la toundra enneigée. Les modalités par lesquelles le mauvais parti pris dans les lois de la finance finissait par mourir du seul fait de ne pas avoir tiré le bon numéro, ou d’avoir été incapable de le calculer et de s’y tenir, nourrissaient cauchemars de soumission et fantasmes de domination. L’humanité craignait la ruine et cherchait à la fuir par tous les moyens.

Une infime partie de l’humanité rêvait de domination et cherchait à l’obtenir par tous les moyens, notamment en utilisant les lois de la finance.

« Tout l’monde est malheureux

Tam ti de la dé t’l

La té t’l lé d’l la ti

Tam tam ti de la li dam

Tout l’monde est malheureux

Tam ti d’la dé l’l lam

Tout l’monde est malheureux

tout l’temps

 

Tout l’monde i’veut d’l’argent

Tam ti de la dé t’l

La té t’l lé d’l la ti

Tam tam ti de la li dam

Tout l’monde i’veut d’l’argent

Tam ti d’la dé l’l lam

Tout l’monde i’veut d’l’argent

tout l’temps »


Le Poète Gilles Vigneault avait trouvé le moyen d’exposer la tragédie de l’humanité empêtrée dans les lois de la finance sous un air guilleret et entraînant avec sa chanson Tout l’monde est malheureux, laquelle se poursuivait ainsi :

« D’l’argent c’est pour l’amour

Tam ti de la dé t’l

La té t’l lé d’l la ti

Tam tam ti de la li dam

D’l’argent c’est pour l’amour

Tam ti d’la dé l’l lam

D’l’argent c’est pour l’amour

tout l’temps

 

D’l’amour pour être heureux

Tam ti de la dé t’l

La té t’l lé d’l la ti

Tam tam ti de la li dam

D’l’amour pour être heureux

Tam ti d’la dé l’l lam

D’l’amour pour être heureux

tout l’temps »

 

En partant du constat d’un malheur généralisé (tout l’monde est malheureux) Gilles Vigneault pointait la source du malheur (tout l’monde i’veut d’l’argent) et l’erreur fondamentale commise par l’humanité empêtrée dans le gâchis charpentier ayant fini par se convaincre que l’argent ne faisait pas le bonheur mais permettait d’éviter la torpeur des lois de la finance, car plus on possédait d’argent, plus on semblait augmenter nos chances d’obtenir l’amour (d’l’argent c’est pour l’amour), puisque tout le monde a peur de la ruine que seule les lois de la finance peuvent éviter.

L’humanité avait fini par se convaincre que l’argent permettait l’amour, alors pourtant que l’amour ne s’achète pas et dès lors ne s’obtient pas en suivant les lois de la finance. Lorsqu’elle écoutait la voix divine en se fiant à son intuition, l’humanité savait que l’argent n’attirait pas l’amour mais au contraire le mauvais œil, la jalousie, et l’envie, mais puisque l’argent permettait de palier à la ruine, même les rois érudits, les reines bienveillantes, et leurs entourages dévoués et chevaleresques avaient fini par se laisser empêtrer par le gâchis charpentier dans les règles de la finance.

« D’l’amour pour être heureux tout l’temps », c’était la promesse faite par Jésus à la Samaritaine qu’il n’avait pas traitée comme une cruche. « D’l’amour pour être heureux tout l’temps », c’était l’espoir qui émanait de chaque battement de cœur, à bien y écouter. « D’l’amour pour être heureux tout l’temps », c’est ce que le gâchis charpentier maîtrisant les règles de la finance avait fini par convaincre l’humanité de comprendre sous l’angle : « fais du cash, si tu veux pouvoir faire ce que tu veux, et si tu as assez de cash, tu pourras même t’acheter l’amour, pis en avoir tout l’temps, rien que pour toi, t’es rendu comme un dieu, faq pavane-toi mon gars, fais du cash pis tu s’ras content : le bonheur, c’est de posséder au-delà de la satiété. L’amour, c’est tout ce que tu récoltes à force de semer, i.e. ce qui vient à toi quand tu l’as bien mérité. »

C’était le message qu’avait entendu Louis XIV, roi de France au tournant du XVIIe et du XVIIIe siècle, qui se faisait appeler le Roi-Soleil et avait réussi à détourner l’amour courtois en gros n’importe quoi, passant de bals distingués orchestrés par des chevaliers épris de loyauté et d’affection pour l’être aimé, en « bals d’apparat », « bals ordinaires » et « bals masqués », soient trois versions du même délire d’un homme rendu tellement riche qu’il pouvait se permettre d’humilier ses plus fidèles serviteurs et de prendre un malin plaisir à se pavaner.

Louis XIV était un gars-devenu-roi-pacha, amadoué par le gâchis charpentier.

Aux oubliettes, le jeu de l’amour tel que chanté extensivement par Christine de Pizan trois siècles avant le gars-devenu-roi-pacha. Depuis ce gars-devenu-roi-pacha, c’en était terminé. L’amour devait être un combat, ou un « enfant de bohème n’ayant jamais connu de loi » comme le faisait chanter Bizet à Carmen. Depuis ce gars-devenu-roi-pacha, l’amitié se reniait en un claquement de doigts.

Un seul gars-devenu-roi-pacha placé en position d’autorité et ayant accumulé assez de richesse pouvait se permettre avec un thumb down de dire à un ancien copain « toi, je t’aime pas ». Un mouvement de pouce du gars-devenu-roi-pacha suffisait à entraîner la déchéance immédiate de l’ancien poto, sans procès, sans appel, sans voie de recours ni la moindre explication. L’ancien ami humilié devenait la risée de la bande de copines et de copains du gars-devenu-roi-pacha. L’ami, incrédule, se retrouvait ostracisé dès le lendemain par la cour, affolée. Le gars-devenu-roi-pacha avait su démontrer qu’il était rendu assez riche pour se permettre de ne plus s’entourer que d’une bassecour de dindes prêtes à lui concéder tous ses caprices pour ne jamais encourir le risque d’être la prochaine tête qui ne reviendrait pas au gars-devenu-roi-pacha, soit la prochaine tête qu'il ferait rouler, parce qu'il l'avait décrété.

En parallèle, un autre roi séparait son royaume de l’Église parce qu’il avait l’goût d’se prendre une autre reine. Selon ses dires, la première ne lui plaisait finalement plus. Elle était pénible, ce qui semblait le peiner. Faut dire que cette femme, il ne l’aimait pas, il en avait hérité, quand son frère était décédé. Il avait certainement de quoi être frustré. Plutôt que de se contenter de se permettre les incivilités que des rois avant et autour de lui s’étaient octroyé le droit de commettre avec les servantes, ce qu’Abraham s’était résigné à faire suivant l’idée tordue de Sarah, ce roi avait quant à lui le goût de se pavaner officiellement face à ses sujets avec à son bras une autre femme que celle qu’il avait dûment (bien que tristement) épousée. Selon ses dires, la deuxième femme était incroyablement belle, alors que la première n’était que passablement jolie.

Cet autre gars-devenu-roi-pacha était déterminé à assouvir son besoin de pavaneries, faq il avait fini par se trouver un homme d’église prêt à réinterpréter les Lois divines en faveur des désidératas d’un gars-devenu-roi-pacha. Un chiisme de plus dans la Chrétienté, qui allait s’en désoler ? Le gars-devenu-roi-pacha voulait une autre meuf, et après elle, sa petite-sœur, et après elle, encore quatre autres femmes qui avaient eu le malheur de taper dans l’œil d’un gars-devenu-roi-pacha ayant séparé « son » royaume de l’Église, mais qui pouvait se le permettre, car en plus de contrôler les lois de la finance, ce gars-devenu-roi-pacha disposait d’une emprise sur les lois des hommes.

Les lois des hommes étaient sensées transposer les Lois divines dans le concret des chicanes de l’humanité.

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Savato Kiriako, qui poursuivra ses réflexions loins des pachas. Peut-être ? Peut-être pas.

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