Extraits des fils de la pensée de Gisèle Halimi
À propos de Claude Faux, son mari.
« Comment devint-il féministe ?
Sa formation politique, sa poésie éluardienne, son entourage féminin ne l’y prédisposaient guère.
Je crois qu’il fut d’abord un spectateur surpris, intéressé. Par ma vie, et la remise en question, par notre couple, des idées reçues. Il découvrit ainsi qu’à partir de stratégies nouvelles pouvaient naître des changements de société. Superstructures ou non, les femmes n’attendaient plus d’attendre de suivre, comme l’intendance, les grands bouleversements politiques et économiques décidées et réalisées par les seuls hommes.
Il fustigeait mon impatience. Mais, avec son intelligence profonde, il l’analysait, seul dans son bureau. Et il revenait, avec un sourire méphistophélique au coin des lèvres : « Voilà quelques idées pour ce que tu veux faire », et il me tendait des pages de sa belle écriture régulière, solide comme lui-même.
Je jetais un œil, je me cambrais : « Ouais… mais je ne dirai pas ça… »
En fait, à la barre, dans les meetings, dans des articles ou dans mes livres, je profitais de la matière triturée à deux, pour développer autrement certaines de mes initiatives.
Claude s’efforça d’être féministe dans la pratique quotidienne. Aussi.
D’une manière générale, l’accord entre une théorie et une vie constitue le plus grand défi de ceux qui veulent changer le monde. En politique, en philosophie, en masculin/féminin. Accompagner, aider une féministe dans ses choix reste encore, de nos jours, l’impossible pari d’un homme. »
Le Lait de l'oranger, autobiographie de Gisèle Halimi (extrait)