Il existait bel et bien un scénario catastrophe. C’était fait.
Il existait bel et bien un scénario catastrophe : c’était fait.
Il l’avait faite souffrir pour vrai.
[bibliomancie du 28 janvier 2026 - Goliarda Sapienza, L'art de la joie, s. 63]

Ce n’était plus de la taquinerie. On se fichait de ses âneries.
Comme du pourquoi du comment il s’était retrouvé à lui infliger des douleurs odieuses
Scandaleuses, moribondes, dans le contexte et depuis la perspective de celle qu’il aimait.
Il en tremblait, en pleurait. Criblé de honte, mais surtout de peine
Non pas de s’être fait pogner comme un garçon
Mais plutôt, de l’avoir faite souffrir en ayant été si déconnecté de son langage
Le sien, à elle, pas ses balivernes, à lui, son langage, donc, le sien à elle,
Qu’il découvrait dorénavant avec mélancholie version spleen, ça a pas d’bon sens.
Pas l’affaire cute qu’il se racontait tout ce temps.
Dans son histoire, il avait le beau rôle, jusqu’à cette révélation
L’excès d’hubris inversé : il détestait se pavaner, mais y’était
Forcé de constater qu’il n’était en mesure de se tirer
Une bûche, comme de la misère et des conséquences
De ses décisions rocambolesques et ridicules, qu’à force
D’user de ses charmes, lesquels commençaient à le placer
Dans les eaux troubles des raconteurs de sornettes
Qui pullulaient dans son gabari, en plus de lui aller
À ravir, au regard de sa perspective à elle, qu’il découvrait
Horrifié.
Il n’avait pas pensé à s’ôter la vie. La menace permanente
Et effective de l’indébattable « si tu m’abandonnes, je me tuerai ! »
Il connaissait, pas peu près.
Alors non, jamais il ne considèrerait cette option, non pas
Par manque de respect, mais car harakiri, même avec un salut l’artiste, really sorry ma mie,
C’était antinomique au souffle de sa vie. Inimaginable, tout simplement.
Une fois passé ce constat, il n’avait aucune voie d’échappatoire à sa honte.
Il se concentrait sur l’essentiel : les contours de la douleur qu’il lui avait infligée.
La comprendre, en entier. Plus passer par les diagonales, ni les sauts de cabris.
Le respect, selon ses normes à elle, pas les siennes à lui.
Avant sa réalisation, il se justifiait et la trouvait pénible de ramener le sujet
Constamment et insidieusement sur la table. C’est ce qu’il croyait.
« Elle sait de quoi ? Très bien, je n’ai rien à lui cacher !
Je suis son livre ouvert : elle peut tout savoir, en fait, je l’en supplierai ! »
Tous ses chantiers à moitié terminés. Tous les relents de honte qui le suivaient :
Il voulait tout lui dire, car il ne voulait que des échanges transparents et sans fioriture.
Mais voilà qu’il comprenait l’importance, du respect selon elle
Soit de la décence, non pas du voile pour cacher des mesquineries
Il n’y avait aucune intention mesquine, il le savait, alors il n’avait rien caché
Pire : il s’efforçait de tenter de la reconquérir depuis des mois, à faire le guignol
En espérant qu’elle le voie, et qu’elle lui dise que c’était assez : il pouvait disposer.
Il espérait qu’elle l’inviterait, alors il montrait ses dorures, pour qu’elle se dise :
« Y’en est pas question ! Je ne laisserai pas filer cet oiseau si drôlement plumé !
No way ! J’le récupère, pis je lui fais une place à mes côtés,
Et je lui dis merci, pour toutes ses pitreries »
Dans sa tête, c’était ça. Dans vraie vie, tout ce qu’il avait compris, c’est qu’il l’avait
Faite vivre un enfer, et rien d’autre. Elle était coincée comme figée, et il la descendait
Mal prise comme elle était, elle s’éloignait, et ainsi repartait leur rengaine, pour laquelle
Avant la découverte, il osait rouler les yeux, mais depuis, c’était fini, comme il avait compris.
Il l’imaginait dans sa torpeur, voilà qui le détruisait
Il la figurait se posant toutes sortes de questions
Sur elle, sur son affection, sur la sincérité de ses paroles
Sur la boîte de sardines d’où il trônait, comme un pédant
Voilà qu’elle le mettait en sourdine, comme il fallait
Alors, c’était décidé ! S’enfuir n’était pas une option
Il avait trouvé son étoile, cela n’avait pas changé
Rien de leur équation n’avait bougé, mis à part deux faits :
- Il avait fait de quoi de pas correc’, de manière répétée, et ça l’avait profondément blessée
- Elle était entourée, et son monde avait dû rouler les yeux de mépris bien placé à son égard
Il disait bien placé, sans aller chercher à qui la faute, et désormais en se gardant de ramener
Sur la table son argument massue : « Chu pauvre ! J’y peux rien ! Chu désolé ! Un bon à rien ! »
N’importe quoi. Elle dirait : « That’s bullshit. Chu désolée, mais j’te crois pas. »
Pis à ça, il répondrait, pour le restant de ses jours :
« Check-moi ben aller. Tu peux savoir ce que tu veux, quand tu veux.
Mes armes et ma vie, je te les ai déposées ici.
Regarde-les, pis sers-toi. Prends c’que tu veux, pis si tu veux : serre-moi.
Ça ira mieux une fois qu’on se sera à nouveau regardés. Je comprendrai si tu ne veux pas.
Je ne lâcherai pas l’affaire. Jamais, ô grand jamais ! Plutôt mourir, mais mieux que ça :
M’a t’aimer, comme il faut. Dans mon art, et avec ta manière.
Je découvre ta subtilité. Je m’en veux de ne pas avoir posé une date
Pour le thé qu’on m’avait gentiment proposé.
J’voulais pas faire diversion, faq j’ai pas poussé, alors que j’aurais dû, pis j’me sens con.
Mais peu importe comment j’me sens, j’veux pas que tu penses à mes sentiments
À l’égard de cet incident. C’est fait, c’est à moi d’en souffrir dorénavant.
Alors, j’me fais un thé,
Et j’pense à toi. Faire de quoi qui t’est utile. Te rendre la vie plus douce.
J’en suis incapable avec tout ce qui m’entoure, car j’ai tout tassé pour toi,
Mais ton affaire, ce n’est certainement pas la pyromanie, alors j’espère
Je pense à nos retrouvailles. Ça n’était pas pour hier, ça pourrait l’être
Pour à soir, si je pousse ma luck, et à demain, si tout va bien.
Si c’est pas pour maintenant, je continuerai d’attendre ton appel, en tâchant
De ne plus chercher à t’impressionner par la vue de ce qui me rend attachant.
Comment j’te vois et ce que je pense de toi.
Elle est là, ma source.
Alors j’y retourne, avec un livret sur le conseil de famille
Suivi de minutes partagées à tenter de ne pas faire que maganer
Les relations que j’ai moi aussi eu le temps de bâtir, et auxquelles je tiens, pas peu près
En t’attendant comme ça s’peut pas, je tâche de ne plus hurler que j’me peux plus,
Pis je retourne dans ton monde, où tu fais bien ce que tu veux, on suit tes lois.
Je t’ai prise pour ce que tu n’étais pas, ça m’a faite dire et faire n’importe quoi.
Plus jamais ça. Si j’échoue, tu me remontres ça, et j’irai harakiri pour toi.
Plus la moindre excuse. You care. That’s all I was hoping for. That’s all.
For now, and forever.
I’m sorry.”

Signé : Sarah Catherine Megas, assumant et regrettant ses décisions