Ça y'est ma fille, tu es à Montréal
On est sur la rue Sherbrooke.
Je viens d'atterrir. Tu as encore l'auto de location. Tu repartiras dans 3 mois et pour de bon. On ne le sait pas encore, alors on en profite. C’est le premier de ces moments que l’on partagera à deux. Tu es encore plus fébrile que moi, mais tu es aussi fier. Je le vois et je le ressens, moi aussi.
Tu me dis de regarder autour, de me laisser impressionner. Jamais je n'ai vu d’aussi beaux immeubles : ils sont grands, élégants, et bien rangés. Ils sont aussi accessibles. La Défense et Paris ne produisent pas le même effet.
Il y a quelque chose de féérique à rouler avec toi les fenêtres baissées, le toit ouvert, le cœur débordant de lumières. On a eu ce moment privilégié, toi et moi, il y a déjà 20 ans de ça.
Je me souviens de tout. Je me souviens de toi.
Après la rue Sherbrooke, tu m'as emmenée chez Métro. Ma première épicerie. Tu ne m'as pas laissée acheter des Fruit Loops, même si j'en rêvais. Comme dans les films ! Tu as eu raison : les Just Right étaient parfaites.
On est rendus 20 ans plus tard, et je suis de retour.
La rue Sherbrooke ne se fait pas qu’une fois.
La rue Sherbrooke ne se fait pas non plus qu'en auto.
On pourrait s'extasier à pédaler ou à marcher.
Mais il y a du nouveau.
On a ouvert la ligne des Deux-Montagnes hier, juste à temps pour ton anniversaire.
Montréal a beaucoup changé depuis que tu es parti. Elle a surtout bien évolué.
Montréal n'aura de cesse de m'impressionner.
Mais Montréal, c'est surtout celle qui est devenue quelqu'un pour moi grâce à toi.
Alors, je redescends la rue Sherbrooke, et je repense à toi et moi.
Je la remonte dans les deux sens, à toutes les périodes de l’année.
La rue Sherbrooke est sacrée, de l'hiver à l’été indien.
La rue Sherbrooke nous chante « Bienvenue chez vous ».
Tout le monde est ici chez soi.
Regarde-moi, papa : Voilà que je suis rendue à oser le métier qui t’aurait tant plu.
Tu ne me fuyais pas, mon cher papa. Je l'ai dorénavant compris.
À tant vouloir te rechercher, j'ai fini par te suivre au paradis.
Je ne serais jamais venue ici sans toi. 20 ans après, je peux me l'avouer.
J’ai déjà hérité de toi la majeure partie de ce que j'aime chez moi.
Alors voilà, je te le dis pour la première fois : Merci papa, et chapeau bas.
Je te dis aussi que je suis fière de pouvoir t'appeler comme ça.
Je te dis aussi que je suis fière que tu sois mon papa.
Alors, je t'envoie une bise de loin, pour ton anniversaire, d’une fille heureuse à son papa.
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Sarah