Au Clair de la Lune : A tale of three Michel
Also referred to as :
Why Pierrot won’t leave his bed

Trois notes qui s’apprennent les premières, et se transposent sur tous les claviers :
DO DO DO RÉ MI RÉ
DO MI RÉ RÉ DO
On peut les jouer sur n'importe quel piano. On peut les faire au téléphone, pour rigoler :
UN UN UN DEUX TROIS DEUX
UN TROIS DEUX DEUX UN
L’air est connu et reconnu, d’au moins tous les petits Français
C’est l’air d’Au Clair de la Lune, une ritournelle envoyée
À un certain ami Pierrot, qui répond, embarrassé
Qu’il n’a pas de plume et qu’il est déjà couché
Qu’il suffit d’aller chez la voisine pour lui piquer son briquet.
Sans qu’ils n’aient à le confirmer, on peut assumer que nos trois Michel savaient
Jouer Au Clair de la Lune au piano ET réciter Au Clair de la Lune dès la cour de récré.

Quand elle le quitte, dans les circonstances qu’elle choisit et celles qu’il connait
À 25 ans, Michel Berger retourne à l’âge qu’il avait, quand il trouvait pendant la récré
Toutes sortes d’alternatives aux couplets d’Au Clair de la Lune, pour ne pas penser
À la douleur d’un enfant de 7 ans, laissé sans raisons ni moyens de supplier
Son père de revenir auprès des siens, plutôt que d’abandonner son foyer.
Quand il choisit de rester, dans les circonstances qu’il connait et celles que Michel
Lui impose, depuis que Michel Foucault a 37 ans révolus, son conjoint sauve la mère
De Michel, symboliquement, en permettant à Michel de comprendre pourquoi sa mère
A cédé toutes ces années durant aux désidératas du père de ses enfants, dont Michel
Car elle aimait le père d’une dévotion plus exacerbée que celle qu’elle vouait à son fiston.
Quand elles le quittent, dans les circonstances qu’elles choisissent, et celles qu’il connait
Depuis qu’il a 21 ans, Michel Polnareff est conscient de ce qui lui manque, comme à son père
Avant lui, contre qui il s’était imposé, certes, mais dont il ne pourrait pleinement échapper
Puisqu’à faire de la musique, en la composant et en l’incarnant, Michel comprend que son père
S’est fait rappeler, lui aussi, sa vie durant, que l’argent et le succès peuvent être hérités
Ou être générés de toutes sortes de façons, sans qu’on ne retrouve de quoi à reprocher
Mais que lorsque c’est par la chanson qu’arrive le succès, le sort parait triste à en pleurer
Que celui d’un homme qui n’a fait qu’appliquer ce qu’on lui avait inculqué, puis qui a osé
Coucher sur papier les notes qui lui venaient, y adosser les paroles auxquelles il pensait
Créant des chansons, qu’il s’est ensuite permis d’incarner, constatant qu’on le regardait
Avec des bouches ouvertes et des regards ébahis, qu’on lui sautait au cou quand on le croisait
Ce pourquoi Michel aimait invoquer ses problèmes de vue pour passer inaperçu, et être en paix
Dans la rue, derrière ses lunettes, et qu’on arrête de l’achaler, pour lui demander de contribuer
À ceci et cela, toutes sortes d’affaires qui nécessitaient ses chansons et l’argent qu’il avait généré
Qu’on le touche, qu’on l’embrasse, qu’on l’insulte, qu’on le pousse, qu’on s’amuse à le moquer
Qu’on lui reproche ce qu’on lui reconnait : y’est un yé-yé, il le sait.
Michel Polnareff Le Bal des Laze (1968)
Plus il connait de succès, plus il est malheureux, plus il connait de déboires.
Plus il apprend de ses déboires,
Plus il renoue, sans s’l’avouer, avec celui qu’initialement il comptait défier.
Plus il renoue avec son père,
Alors pourtant que l’idée l’horripile et qu’il avait juré que jamais il ne le ferait
Michel Polnareff retourne au premier air qu’il a appris, à 4 ans, aisément.
DO DO DO RÉ MI RÉ, c’est franchement pas du tout compliqué, il le sent
Il aurait préféré être celui qui répond qu’il reste couché que de chercher
À écrire de quoi, pour Dieu seul sait quelles raisons, sans plume ni électricité
Sans qu’il n’ait jamais d’autre espoir que d’être celui qui s’obstine à y croire.

Pourquoi Pierrot ne daigne pas se lever :
Il aimerait qu’on l’oublie.
Quand on l’oublie, il se plaint qu’on n’a pas pensé à lui.
Il ne veut rien dire, plus rien partager, de ce qui se passe dans sa tête à lui.
Quant à son cœur, comme il dirait, sa vie relève de son jardin privé.
Il veut attendre qu’on l’appelle pour donner des nouvelles sans que lui
N’ait jamais à être celui des deux qui appelle, i.e. qui s’inquiète du sort d’autrui.
Il attend, patiemment. Il se fâche, tranquillement. Il s’enferme, délibérément.
Dans son monde idéal, il est seul et de très très très loin, entouré.
Si l’on débarque, sans s’annoncer, que la visite n’était pas au calendrier
Il répond qu’on l’a insulté. Il crie par la fenêtre de s’en retourner.
Il veut garder le mot d'la fin, être celui de tous qui restera le dernier.

Vingt et une années à passer à côté :
« Il est balance, il ne peut pas s’en extirper. »
C’est ce que son conjoint se répète, quand Michel Foucault revient de soirées.
Il rentre à l’aube, file se doucher, se brosse les dents, enfile un slip, et repart enseigner.
Entre eux, l’échange est différent. Lui comprend sa pensée.
Il sait ce qu’il aime, aussi bien quand Michel enseigne que lorsqu’il se trimballe en soirées.
Le corps de Michel n’appartiendra jamais, dès lors, ils ne se sont juré aucune fidélité.
Son cœur et sa tête ont eu du mal à se poser, mais depuis qu’il est là, Michel est apaisé.
Un homme l’attendra, et lui fera à manger.
Un homme sera là, quoi que Michel ne se permette, il en est assuré.
Un homme qui ne fait pas que l’aimer, mais un homme qui sait suivre les fils de ses pensées.
Michel aime en imposer. Michel ne supporte pas ne serait-ce que l’idée d’être dominé.
Michel a trouvé :
Un homme aimant se soumettre, sans l’achaler.
Un homme qui encaisse, en sachant rétorquer.
Un homme qui s’est fait à l’idée qu’on le traitera de folle alors qu’il n’est pas teubé.
Avec des si, auxquels Michel a pensé dans les dernières semaines où il a pu respirer
Michel aurait voulu remonter le temps et sa braguette, se dire qu’il en avait eu assez
Si seulement il n’avait pas tant cherché à dominer, qui sait ce qu’il aurait fini par penser ?
Issu d’un père comme celui dont il avait hérité, Michel était comme qui dirait pogné.
Non seulement, avec le père qu’il avait, il n’avait pu connaître un véritable sens d’humilité
Mais au demeurant, Michel n’avait jamais pu reconnaître le sens et les formes de la satiété.















[À VENIR : Ce que le mystère pourrait contribuer
Au regard de la force et de ses excès]

He cracked the code
Avec Cézanne peint (1984), Michel Berger fait chanter
À sa femme Isabelle, aussi appelée
L’expérience de la création artistique
Dans la tendresse, la clairvoyance, et l’humilité
De Michel Berger et de France Gall, unis, sachant s’aimer
Ils cherchent tous à savoir pogner comme Michel Berger.
La majorité de ses contemporains rapprochés
S’intéressent à la question de savoir :
Comment aimer, comme Michel Berger ?
Comment créer, comme Michel Berger ?
Comment pogner, comme Michel Berger ?
Michel est quant à lui “pogné”
Entre les deux femmes qu’il aime et sa créativité
AKA ses “pulsions de création”
D’où lui viennent toutes sortes
De poèmes
De mélodies
D’histoires en chanson
Michel Berger peut écrire et chanter pour lui.
Michel Berger aime aussi écrire et chanter pour ceux qui sont loin de chez eux.
Michel Berger excelle à écrire pour celles qui n’arrivent pas à s’exprimer.
Dans sa génération, parmi les yé-yé,
Il côtoie du monde comme lui, et du monde comme elles.
Le monde comme lui écrit, compose, et produit, en sus d’à l’occasion, chanter.
Le monde comme elles chantent, d’abord et avant tout, et font dire : « Yay ! »
Elles savent en envoyer
Plein la vue, plein les oreilles, plein le cœur du monde qui adore les écouter,
Celles qui incarnent toutes sortes de divinités
En posant divinement, et en chantant yé-yé.
Quand celle qu’il aimait l’a quitté pour se faire groupie d’un autre pianiste
Il n’en a pas eu que le cœur déchiré, il a trouvé une ribambelle d’autres artistes
Prêtes à lui prêter leur voix et leur image, pour qu’il puisse continuer sa vie d’artiste
Malgré l’état de son cœur, qu’il ne voyait plus qu’éternellement trituré et triste.

À l’attendre, comme un pion
Il l’attend, comme un pion, il sait qu’il doit faire attention.
Ne rien dire et ne rien faire qui ne risque de la faire être partie, pour de bon.
Elle ne lui a pas donné d’explication.
Elle l’a laissé penser qu’elle reviendrait, alors que non.
Elle n’est jamais revenue, ni n’a jugé opportun de lui dire : « Désolée, mais c’est non. »
Il l’attend, comme un pion, il sait qu’il doit faire attention.
Ne pas raconter l’étendue de sa peine, non pas pour s’épargner
Les moqueries, les jalousies, le qu’en-dira-t-on.
Toutes ces affaires, quoi qu’elle en dise, il sait faire avec et passer outre, pour de bon.
Il ne veut pas risquer de lui envoyer les parts de vérités par lesquelles elle ne reviendra jamais.
Il l’attend, comme un pion, il sait qu’il doit faire attention.
Il en a gros sur le cœur, il en a gros sur la patate, il n’émane plus que le malheur.
Comment elle a pu avoir pour lui aussi peu de considération ? Il y pense à longueur de journée.
Comment elle a pu se dire qu’il méritait qu’elle parte sans se soucier des répercussions ?
Comment elle a pu se débarrasser de lui, après tout ce qu’il pensait qu’ils avaient ?
Il l’attend, comme un pion, il sait qu’il doit faire attention.
Elle n’a pas fait qu’ouvrir les vannes de millions de questions.
Elle n’a pas seulement prétendu qu’elle faisait de quoi avant de s’éclipser.
Elle n’a pas manqué de courage pour n’affronter qu’une seule conversation.
Elle a fait tout ça, et plus encore : elle lui a interdit toutes communications.
Il l’attend, comme un pion, il sait qu’il doit faire attention.
Il l’a appelée, elle n’a pas décroché. Elle l’a envoyé sur messagerie, quand il a rappelé.
Il lui a écrit, elle n’a pas répondu. Il lui a à nouveau écrit, elle a fait interdire ses courriers.
Il lui a dit qu’avec tout ça, il était encore capable de l’aimer. Il l’a dit et l’a même répété.
Elle a fait comme si de rien n’était.
Il l’attend, comme un pion, il sait qu’il doit faire attention.
Elle s’est assurée qu’il sache qu’elle avait refait sa vie.
Elle s’est montrée aux bras d’un autre que lui.
Elle s’est assurée qu’il sache qu’elle pensait encore à lui.
Elle s’est montrée glaciale quand il était question de lui.
Il l’attend, comme un pion, il sait qu’il doit faire attention.
Elle a écrit des affaires qu’elle savait exagérées.
Elle a raconté qu’il était insupportable à côtoyer.
Elle a sous-entendu qu’il était impossible à aimer.
Elle s’est moquée de l’homme qu’il s’était permis de lui dévoiler.
Il l’attend, comme un pion, il sait qu’il doit faire attention.
Elle n’avait pas que mieux à faire que de rester à ses côtés.
Elle voulait explorer, il le savait. Sa curiosité faisait partie de ses traits préférés.
Elle s’est vengée sur lui dès que l’homme qui l’avait amadouée
A commencé à la traiter comme jamais lui ne s’était permis de la traiter.
Il l’attend, comme un pion, il sait qu’il doit faire attention.
Après lui avoir reproché sa sensibilité et moqué son engagement dans sa communauté
Elle a mal supporté de se faire embarquer dans des histoires sordides à en pleurer.
Alors, elle s’est dit qu’au fond, elle regrettait, le gentil pion qu’elle avait balancé
À bien y regarder d’une manière et selon des méthodes qui étaient injustifiées.
Il l’attend, comme un pion, il sait qu’il doit faire attention.
Une autre femme entre dans sa vie. Elle le sait divisé. Elle le voit, détruit.
Il passe d’innombrables soirées enlacé contre elle en cuillère, à pleurer.
Elle ne dit rien. Elle a compris. Elle sait qu’elle ne partira pas. Elle le lui dit.
Risquer de perdre un homme comme lui ? Faudrait être chtarbée.
Il l’attend, comme un pion, il sait qu’il doit faire attention.
Il ne peut plus l’attendre, puisqu’il a compris
Qu’elle ne reviendrait pas et que pour elle : « C’était bel et bien fini ! »
Il pleure en comprenant qu’à tant chercher à « être lui »
La femme qu’il croyait être « l’amour de sa vie » l’a vu, et qu’elle a ri.
Il l’a attendue, comme un pion, sachant qu’il devait faire attention.
Il n’a eu le temps de vivre que quatre fois (dix ans et un an), révolus
Soit la moitié de sa vie passée à recoller ce qu’elle avait décousu
Pour le plaisir et pour le thrill, ce qu’elle disait quand elle disparut.

Un infarctus à 44 ans, sautant comme un plomb
Avant de payer sa tournée, il s’en alla pour de bon.
Sans avoir totalement cerné qu’une telle fin l’attendait, Michel Berger
A fait chanter une femme alors considérée
Comme parmi les plus belles de toutes les beautés
De sa génération, soit celle aussi de Michel Berger, i.e. les yé-yé.
Michel Berger compose pour Françoise Hardy une chanson qui leur permet
À elle d’exprimer ce qu’elle ressent quand elle n’arrive pas à parler, et
À lui d’écrire à celle qu’il aime son Message Personnel signé Michel Berger.
Il se doute que Véronique voudrait l’appeler
Mais puisqu’elle ne le fait pas, il s’est résigné
À l’idée qu’elle ne reviendrait pas, i.e. qu’elle était pognée.
Françoise Hardy Message Personnel (1973)
Il sait qu’elle regardera Françoise chanter et qu’elle entendra Michel Berger.
Il sait qu’elle chantera le message qu’elle ne préfère pas envoyer.
Il sait qu’elle sera frue de voir combien Françoise est belle à faire tomber
Raides dingues plus d’un pianiste, dont Michel Berger.
L’année suivante, soit deux ans après s’être fait larguer
Comme une vieille chaussette le monde autour de lui aimait commenter
Il rencontre une autre femme sachant chanter étant tout aussi belle à faire tomber
Raides dingues plus d’un pianiste, dont Michel Berger.
À cette femme, il écrit la chanson qu’elle aurait aimé
Qu’on lui compose dès son enfance, soit La déclaration qu’elle voulait envoyer
Car elle est belle et on le sait et sait chanter depuis qu’elle sait marcher
Mais quand vient le temps de dire au pianiste qu’elle est tombée
Elle aussi, amoureuse de lui, elle ne semble plus à même de penser
Ni de s’exprimer, ni de ressentir sinon de plein fouet
Un cocktail d’émotions la laissant non seulement bouche-bée
Mais surtout très inquiète à l’idée de le laisser filer.
France Gall La déclaration d’amour (1974)
Isabelle Geneviève Marie Anne Gall, rebaptisée France Gall pour faire plus yé-yé
Aura su récupérer et aider à rafistoler le cœur de Michel Berger, trituré
Sans pour autant ne jamais ni réussir ni totalement chercher à lui faire oublier
Véronique Sanson, que toujours Michel Berger a aimée.
Le lien qui unit Michel à Véronique est sacré
Isabelle le sait et apprend à s’y résigner.
Plus elle apprend à l’aimer, plus elle apprend en retour à laisser Michel l’aimer.
Elle lui permet de déduire des bouts de sa vie qu’elle souhaitait oublier.
Il comprend sans qu’elle n’ait à lui expliquer l’étendue de ce qui s’est passé.
Notamment, Michel saisit les circonstances que sa femme a connues,
Les raisons pour lesquelles elle a fait avec et comme si, sans s’avouer vaincue,
Le pourquoi du comment Isabelle a encaissé, pris sur elle, et s’est tue.
Michel imagine ce qu’elle aurait aimé rétorquer, mais n’a pas pu,
Quand Isabelle n’a rien dit, et ce que personne n’a su.
En découvrant le mystère qu’incarne sa femme Isabelle, sa bienaimée
Michel Berger comprend comment l’aimer dans la subtilité
Car là où Véronique disait, chantait, affirmait, tout ce qu’elle ressentait
Isabelle gardait en-dedans, quitte à s’oublier, car elle préférait
Passer en seconde, ou simplement après
Plutôt que de tout envoyer valser, i.e. au lieu de tout sacrifier.
Michel Berger et France Gall - Si l'on pouvait vraiment parler (1974)
Avec Véronique Sanson, Michel Berger avait trouvé
Son alter ego, soit une femme qui savait exprimer
L’étendue de ses sentiments et les fils de sa pensée.
Avec Isabelle Gall, Michel Berger avait trouvé
La muse qui l’attendait pour pouvoir s’exprimer
En chantant les chansons qu’il lui composait, avec subtilité.
S’il n’en avait aimée qu’une, Michel Berger n’aurait pas pu imaginer
Que l’autre existait et avait, elle aussi, non seulement besoin d’aimer
Mais d’abord et avant tout besoin d’être aimée par Michel Berger.
C’est face à cette réalité que Michel Berger
A pu voir le code et le craquer pour l’exposer.

Le sort de l’artiste :
« Si le bonheur existe,
C’est une épreuve d’artiste. »
Cézanne peint, de Michel Berger pour France Gall (1984)
L’artiste met sa vie à l’épreuve, i.e. il passe sa vie à s’étudier
Notamment en interrogeant ses sentiments
Tout en gardant en premier plan les sentiments
De celle qu’il aime, même quand celle qu’il aime
N’est plus en mesure de l’aimer
ET/OU
N’est pas en mesure de s’exprimer.
Par ce travail de longue haleine si aisément raillé
L’artiste s’acharne à chercher et tenter de rafistoler
Pour tâcher de trouver des voies menant au bonheur qu’on dit sacré
Pour savoir si le bonheur existe, ne serait-ce qu’à moitié.

Comprenant que le sort de son cœur est d’être déchiré
Pour créer
Michel Berger constate, ou suppose, ou en déduit le fait
Qu’il s’agit d’une dynamique (ou d’un effet)
Qui pourrait fort bien entourer un artiste dans un autre champ
Dans un tout autre registre, qui se laisse “inspirer”, avant de créer, et en créant.
Puisqu’il fait des chansons,
Plutôt que de peindre des paysages, comme Paul Cézanne, notamment,
Michel Berger comprend l’effet cathartique de sa création.
Pour apaiser son cœur,
Pour adoucir les cœurs qui l’entourent et ceux qui l’ont entouré
Notamment celui d’Isabelle, qui le laisse “partir” dans sa créativité
Avec l’assurance du fait :
Qu’elle sera là quand il reviendra, i.e. qu’Isabelle ne partira pas.
ET
Qu’elle comprend ses tiraillements, même quand elle ne crée pas.
Quand elle le chante,
Michel Berger reçoit un élan amoureux de sa femme, Isabelle, en plus d’être « apaisé »
Dans les tiraillements de son cœur, « pogné » entre deux femmes, i.e. « splité »
Soient sa femme Isabelle et la première femme de sa vie, Véronique Sanson
Laquelle lui renvoie, dans ses élans de création, i.e, ce qu’elle écrit
Le réconfort des vers du Maudit
Dans lesquels Véronique Sanson lui dit
Ses quatre vérités, mais aussi
Qu’elle le comprend et qu’elle l’attend, elle aussi,
Tout en lui donnant discrètement la clé du code,
Que Michel n'avait pas encore totalement saisie :
« Ta douleur efface ta faute » (1974) par Véronique balancé
Dans Le Maudit, à Michel Berger
Après avoir pris le temps de mûrir et de percoler
Devient l'épreuve d'artiste, par Isabelle chantée... 10 ans après.
Véronique Sanson Le maudit (1974)
Loin d'être difficile à regarder,
En plus de savoir jouer du piano, Véro
Ne chante pas en playback, et se remet
D'une erreur commise, voire deux, i.e. elle sait se relever,
Et connaissant Michel Berger, elle sait qu'il sera bouche-bée
Mais qu'il ne restera pas planté
Devant son poste de télévision, à la regarder, car elle aussi fait d'l'effet
Sans pour autant être yé-yé.

Le maudit, chanson taillée pour lui et qualifiée par Michel Berger
En 1990, soit 18 ans après s'être fait larguer
Quand ils se sont recroisés
Le temps d'un plateau-télé
De plus belle chanson jamais écrite et créée
C’est ainsi que Michel Berger a craqué le code quand il a compris ou cru cerner
Que la création lui venait, notamment,
Pour réparer son cœur, vaillamment,
Le plus élégamment, délicatement, affectueusement,
Qu’il pouvait, étant donné ses circonstances et le fait :
Que Michel Berger crée pour les autres, avant de créer pour lui
ET
Que Michel Berger crée pour lui à travers ses pulsions de création, cherchant notamment
Tel qu’indiqué sur la pochette de son album éponyme de 1973, à recoudre son cœur, brisé
Par un point d’interrogation qui tombe au milieu d’un cœur déchiré
Après le départ de Véronique, et les vers prémonitoires par lesquels il lui demandait
Si elle serait là, sachant qu'elle était déjà partie et ne reviendrait pas,
Puisqu'il avait décidé d'épouser Isabelle, qui elle, ne partirait pas
Michel Berger Seras-tu là (1975)
Michel Berger continuait de lui avouer
Par Quelques mots d'amour combien Véronique lui manquait
Même voire surtout quand il était entouré
Dans son village, au milieu de milliers de gens, où des médecins greffaient
Des cœurs pour les rafistoler.
Michel Berger Quelques mots d'amour (1980)
Michel Berger comprit que lui ne savait que créer
Des chansons dans l’espoir de réparer
Son cœur à lui, en premier
Le cœur de Véronique, par ricochet
Le cœur d’Isabelle, arrivée après.
Trois cœurs que la majorité de ses contemporains rapprochés savaient être déchirés
Entre Michel, Véronique, et Isabelle
Toutes les deux, “sa moitié”.

Isabelle comprend le lien que Michel entretient avec Véronique
Dans la dimension de création artistique
Où ils se comprennent, se parlent, se répondent
Sans pour autant « directement » se parler.
Véronique comprend les tiraillements de Michel
Car elle est « faite comme lui ».
Quand elle crée et interprète, elle aussi, pense à lui.
Elle le sent caressant son dos, assis à côté
D’elle pour jouer notamment du piano, avant de le quitter
Et depuis qu’elle l’a quitté, chaque fois qu’elle se souvient de lui à ses côtés
Passant ne serait-ce qu’Une nuit sur son épaule à s'aimer.
Véronique Sanson Une nuit sur son épaule (1972)
Comprenant que deux femmes pouvaient à juste titre affirmer
Avoir avec lui un lien relevant du sacré, Michel Berger
S’en est allé prématurément après s’être chicané
En tentant de cocréer avec l’une de ses moitiés
Admettant qu’il était, à bien y regarder, on-ne-peut-plus choyé
Car en partant il était de ceux qui pouvaient compter
Non pas sur une mais bien sur deux singularités
Dans lesquelles attendre, chacune de son côté
La femme qui savait ravaler sa fierté et ne jamais l’abandonner
Et la femme qui savait l’envoyer valser, quitte à le regretter
Et ainsi leur permettre à tous les trois de créer et d'incarner
Pour s’aimer « dans cette vie » comme « dans leur éternité ».

***
Pour rappeler le triste sort de trois hommes de père mal aimés
Qui ont fait comme ils ont pu pour ensuite "se trouver"
Offert avec révérence par SCM-SK