Cap ou pas cap ?

Cap ou pas cap ?

Sachant et maudissant le fait qu’elle avait poussé dans les ronces

Il la testait sans relâche pour vérifier s’il lui restait des épines

Avec lesquelles elle finirait, croyait-il, par avoir sa peau.

 

Il était à même de comprendre que sa figure finissait par être diagnostiquée

Comme problématique, i.e. dont il fallait un jour où l’autre « se débarrasser ».

 

Quand sa figure intégrait des corps d’enquête, comme ceux présentés

Dans la série Rookie Blue, dont ils avaient parlé,

On finissait par la trouver « obsessive » à tenter

D’arriver au bout d’une enquête, qu’il « convenait » de lâcher, i.e. d’abandonner.

 

Il lui trouvait des airs de Marlo Cruz et appréciait sa ténacité,

Mais il ne pouvait pas lui pardonner le fait d’avoir poussé

Au beau milieu des épines, et d’ainsi malgré elle « les incarner ».

 

Il avait peur d’elle et de son excentricité.

Il avait envie d’elle, notamment pour son excentricité.

Il avait tout à la fois peur et envie d’elle, pour le même trait qui la « démarquait ».

Ses tendances à « s’obstiner », il ne souhaitait les voir « déployées »

Qu’envers un seul « résultat » : l’aider à surmonter la peur qui le hantait

Quand il pensait à son excentricité.

 

Il souhaitait se débarrasser, non pas de Marlo Cruz,

Ni même d’ailleurs des incarnations de Marlo Cruz,

Il souhaitait se débarrasser des idées qui lui venaient

Quand il ressentait de la peur à l’idée d’embrasser

Cette femme qu’il aimait qui avait eu le tort de pousser

Parmi les ronces et d’en être sortie un tantinet égratignée.

Après ainsi être sortie ébouriffée-égratignée-amochée,

Elle s’était permise de le rencontrer et de commencer

À l’attirer, dès le premier regard qu’il avait sur elle posé

À penser à l’idée :

De l’embrasser, qu’elle ne l’embrasse, qu’ils ne s’embrassent,

Ce qui lui faisait peur, mais ce qui surtout l’allumait.

 

Elle avait pris plus de temps que lui à plonger

Dans l’océan de désirs qui les attiraient

L’un envers l’autre, dans la réciprocité,

Pour l’éternité,

Et cela avait tendance à l’énerver.

 

Quand il pensait au fait qu’il avait dû lui parler

Pour finir par lui faire ressentir le même effet,

Il pensait à tout ce qu’elle pourrait trouver

À lui reprocher, puisqu’il était fâché

Qu’elle ne soit pas comme lui tombée

Raide dingue à l’idée de l’embrasser

Simplement en l’apercevant

À l’autre bout de la salle

Dans laquelle ils s’étaient rencontrés.

 

Elle voulait l’embrasser, il le savait, mais il se disait

Qu’il avait eu à démontrer le fait que lui aussi méritait

Qu’elle ait l’insoutenable volonté de l’embrasser

Qu’il l’embrasse, qu’ils s’embrassent, et qu’ils s’aiment

Ainsi, pour la vie.

 

Il savait qu’elle avait cherché à le charmer.

C’est elle qui l’avait approché.

Lui était pépère, bien entouré,

Et elle s’était ramenée à ses côtés.

Elle avait écouté, sourit, et hoché

De la tête à plusieurs reprises, il avait compté.

 

Elle l’avait donc initialement « remarqué »

Puis s’était tranquillement « approchée »

Pour enfin passer du temps à « l’écouter »

Tout en signalant qu’elle était « intéressée »

Par ce qu’il disait.

 

C’était somme toute plutôt sympa, à bien y penser,

Mais lui voulait qu’elle soit éprise sans qu’il n’ait

À se forcer, voire à parler. Être « regardé » et : ça y’est !

 

Son coup de foudre était parti sans qu’il n’y ait pensé

Alors pourquoi le sien à elle devrait-il commencer

Par s’approcher tranquillement et l’écouter parler ?

N’étant pas mauvais gagnant mais n’étant pas immunisé

Contre les sentiments émergent chez les perdants humiliés

Il se sentait insulté par l’asynchronisme de leurs coups de foudre envoyés

De son bord à lui, dès le premier regard, de son côté

À elle, après s’être approchée, l’avoir écouté, puis lui avoir posé

Toutes sortes de questions dont il avait dû chercher à se dépêtrer

Pour qu’elle y réponde toutes sortes de contre-arguments flyés

Par lesquels il comprenait l’étendue de son excentricité

Ce qui l’attirait de plus belle, alors que de son côté

Elle regardait ses chaussures et n’arrêtait pas de poser

D’autres questions farfelues, avant de déballer

Des détails sur sa vie, qui n’avaient de cesse de l’attirer.

 

Il était pris, comme happé, à tenter d’attirer

L’attention de cette femme sur lui, notamment pour l’aider

À se débarrasser de la peur qu’il ressentait à l’idée

Qu’il n’essaie de l’embrasser, et qu’elle ose lui résister.

 

Il savait qu’il lui plaisait, non seulement car elle l’avait abordé

Mais car lorsqu’elle lui avait parlé, dès la première question posée

Elle prenait une voix et des airs par lesquels il la savait intéressée

À lui confier son cœur et sa vie, et à tenter de se réfugier

Sous ses ailes, à son port, dans son équipe, SVP.

 

Elle n’avait pas cherché à apprendre comment le déshabiller.

Elle avait cherché à comprendre comment il s’était habillé.

Elle ne voulait pas savoir ce qu’il trimballait. Il était assuré

Du fait que d’abord et avant tout, elle avait cherché à l’aimer.

 

Elle avait attendu de savoir comment il pensait pour dévoiler

Des aspects de sa vie qu’elle avait tendance à cacher.

Elle avait fini par demander à le voir en privé.

Elle avait passé du temps à interroger.

 

Elle avait attendu d’entendre et de rencontrer

Son entourage, comme si elle cherchait à confirmer

Que les traits qu’il manifestait à s’acharner à tenter

De répondre à ses questions n’était pas « fabriqués ».

 

Elle avait testé le terrain, pour tenter de le démasquer

S’il devait être une de ces personnes placées

Dans des circonstances semblables à celles qu’elle voyait « incarnées »

Par le poste qu’il occupait et les conditions qui y étaient attachées,

Qui pouvaient être tentées d’abuser

Notamment des pouvoirs conférés

À la personne à qui revenait l’honneur de décider.

 

Elle n’avait pas de temps à perdre à écouter radoter

Une de ces personnes cherchant à se vanter.

Elle n’était pas célibataire, et il était marié.

Cela compliquait l’équation des deux côtés.

 

Elle comme lui savait qu’ils ne s’étaient pas trompés.

Les merveilles issues de leurs unions respectives ne cessaient de le confirmer :

Il devait épouser sa femme, et elle devait être en couple, i.e. ils devaient être déjà maqués.

Cela faisait non seulement partie de leurs réalités,

Cela faisait partie intégrante de leur foi envers tout ce qu’ils tenaient pour sacré.

Leurs unions respectives les laissaient l’un comme l’autre désemparés.

 

Elle n’avait rien à lui reprocher.

Elle avait le droit de fréquenter.

 

Elle avait exercé ses droits, et avait fini par rencontrer

Cet homme qui la craignait tout en l’attirant comme un forcené.

Elle n’avait aucune défense face à lui. Il l’avait bouleversée

Dès les premiers mots qu’il avait prononcés

En portant son attention sur elle  & ce qu’elle avait à demander.

 

Elle l’avait trouvé séduisant, alors elle s’en était approchée.

Elle l’avait écouté parler pour ce qui lui avait semblé

Être un de ces moments qui arrêtent le temps, i.e. ils étaient figés

À se parler en oubliant que les minutes aiment défiler

Et qu’autour d’eux se trouvaient d’autres personnes avec qui converser.

 

Elle ne voulait qu’envoyer la totalité de son attention à ses pieds.

Elle voulait le regarder, l’écouter, l’admirer.

Elle avait fini par le laisser partir, désolée qu’il n’ait pas de carte papier.

Elle aurait voulu garder la preuve de cette soirée.

Elle en aurait fait des collages, comme au temps du lycée.

Elle aurait fait des histoires avec leurs anagrammes entrelacés.

 

Elle avait plus d’une fois eu l’occasion d’aimer.

Parfois, elle tombait avant d’aimer.

Souvent, elle courait avant d’aimer.

Cette rencontre, c’était comme courir sur un nuage et se laisser tomber.

 

Il avait fait préciser qu’il était en demande, i.e. que son horaire était chargé.

Elle s’était résolue à l’idée d’accaparer un millième de son temps : ce serait assez.

C’est à tout le moins ce qu’elle pensait, quand elle était encore à tomber

Et à se relever en riant dans les nuages qu’il avait parsemés.

Après deux tours de piste, elle avait déjà abandonné

L’idée d’arriver à arrêter

Un jour de tomber.

 

x

 

S’il avait été le premier à sauter

Il avait aussi été le premier à lâcher

Sa main au milieu du ravin dans lequel elle était retombée.

Les ronces la griffaient : elle était déjà marquée.

On n’avait qu’à pointer

Pour lui rappeler

 

Qu’elle n’avait rien à faire ici, et qu’elle devait débarquer.

On arrêtait le véhicule, et on la laissait sur le bord de la chaussée.

 

Il voyait le monde faire, et il restait muet.

Il entendait le monde se moquer d’elle, et il restait muet.

Il comprenait le monde qui se vengeait, et il restait muet.

 

Elle savait qu’il pouvait intervenir, mais comme il restait muet

Elle comprenait qu’elle avait tout lâché

Pour un homme qui était plus inquiet

À l’idée de l’embrasser

Qu’il n’était

Prêt

 

À tenter de lui prouver qu'il la méritait.

***

Pour souligner la ténacité et la force de caractère de Marlo Cruz rapidement effacée

D'un show policier qui vaut la peine d'être regardé et sur lequel méditer

Quant à la réalité du métier de policier ;

Quant aux moments où "il convient" de lâcher ;

Quant aux affaires pour lesquelles s'obstiner.

 

Offert gracieusement par SCM-SK 

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