De la simple idée d’un effet suscité

De la simple idée d’un effet suscité

Elle rentre chez elle, encore une fois, charmée.

Elle en doutait la veille, un tantinet, mais dorénavant, c’est acté !

Elle lui fait de l’effet.

Elle l’a surpris en train de mater son décolleté, et si ce n’était pas assez

Elle l’a vu rougir quand elle l’a recadré.

Elle pensait à lui avant, pendant, et après.

Elle espérait qu’il serait présent et puisqu’il l’était, elle l’aimait sagement

Assis, sans qu’il n’aille pour autant se coucher.

Il n’était pas un étudiant comme les autres : il se démarquait.

Il s’intéressait à ce qu’elle avait à enseigner, sans en rajouter.

Il ne venait pas lui parler après les cours, il sortait fumer.

Il n’avait la plupart du temps pas fait les lectures qu’elle avait recommandées.

Il se permettait une nonchalance qui l’exaspérait et la gardait intéressée.

Il ne cherchait pas à la soudoyer, alors pourtant qu’elle lui plaisait.

Il ne faisait qu’en partie ce que de lui on attendait

Sans ne jamais vraiment chercher à l’impressionner.

Elle avait de l’expérience, tant du terrain qu’à enseigner.

Elle n’avait jamais rencontré un énergumène comparable à cette étrangeté.

Elle se grattait la tête et remontait son décolleté.

Elle ne voulait pas face à lui ni perdre la tête ni se baisser, comme pour ôter ses souliers.

Elle aimait se lever et traverser la classe, quand ça la tentait.

Elle ne s’arrêtait pas à ses côtés, elle préférait se poser en avant et se faire mater.

Elle sentait son regard sur elle, ce qui l’enchantait, car au demeurant il savait

Être discret, courtois, et modéré, ce qui la chamboulait.

Il était le seul dans cette classe à avoir des exemples concrets à invoquer.

Il n’avait pas passé son temps jusqu’à elle à ne faire qu’étudier.

Il montrait un certain je-m'en-fichisme pour sa matière, ce qui l’agaçait.

Il disait apprécier les critères qu’elle leur inculquait, mais il rétorquait.

Il prétendait que dans ce qu’il avait vu, de sa perspective à lui, i.e. dans ses souliers

Il ne pouvait pas concevoir que ces critères s’appliquaient, « dans le concret ».

Il cherchait à la contredire et s’y adonnait

À cœur joie, quitte à l’énerver.

Elle connaissait sa matière, mieux que les classes qu’elle éduquait.

Elle ne parlait pas en l’air, comme parfois ses paires se le permettaient.

Elle avait de l’expérience, de la vraie, pas juste des théories bien ficelées.

Elle savait de quoi elle parlait, et il aimait l’écouter.

Elle s’exprimait divinement, aussi joliment qu’elle écrivait.

Elle lui apprenait de quoi, qu’il savait apprécier.

Elle avait le dernier mot, ce qui la contentait.

Maintenant qu’elle l’avait fait rougir, elle pouvait repartir en paix.

Il buvait ses paroles, sans pour autant l’achaler.

Il matait son torse, sans pour autant la fixer.

Il étudiait ses jambes, sans pour autant baver sur ses souliers.

Il faisait les lectures, sans pour autant les faire en entier.

Il souriait à ses anecdotes, sans pour autant ricaner.

Il levait la main quand elle posait des questions, sans pour autant la couper.

Il connaissait sa place face à elle, sans pour autant chercher à réclamer

Être à son niveau à elle, i.e. sur un pied d’égalité.

Elle se satisfaisait de savoir qu’elle avait suscité ne serait-ce qu’un effet.

Il ne la méritait pas, elle était casée, et il ne cherchait pas non plus à la draguer.

Elle rentrait chez elle, là-haut, vers le brouillard.

Il rentrait chez lui, là-bas, vers l’infini.

Elle n’en douterait jamais plus, c’était écrit :

Il aimait la respecter, et pensait à ses nibards.

Elle en était comblée.

***

Pour saluer la simplicité et la nature des échanges empreints de respect.

Offert gracieusement par SCM-SK 

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