Pour sa fête, pas de fête.

Pour sa fête, pas de fête.

D’abord, il tentait d’apparaître comme un homme séduisant.

Ensuite, il tâchait de passer pour un homme intéressant.

Finalement, il souhaitait qu’on le trouve vaillamment intelligent.

 

Il jouait la même mélodie, depuis qu’il était tout petit.

Maintenant qu’il était grand, il savait qu’on disait de lui

Que cet homme faisait pitié, et qu’il était bourré de mépris.

 

Il avait fait des enfants, à une femme sur qui il rejetait constamment

Le fardeau de les aimer et de les éduquer, ainsi que le blâme justifiant

Le pourquoi du comment les enfants étaient nés d’un homme méprisant.

 

Quand ses enfants étaient enfants, il s’était barré en disant :

« Je ne sais juste pas comment ! »

Quand ses enfants étaient adolescents, il s’était caché en disant :

« Je n’ai juste pas d’argent ! »

Quand ses enfants étaient adultes, il les avait reniés en riant :

« Je n’ai jamais voulu de ces enfants ! »

 

Pendant qu’il se barrait, après s’être caché, alors qu’il riait,

Les bonnes femmes désespérément seules qu’il rencontrait

Le trouvaient vachement séduisant, puis toutes adoraient

Qu’il leur parle d’où il venait, ce qui toutes les fascinait :

 

« Cet homme est tellement intéressant ! »

« Cet homme est encore plus intelligent ! »

« Cet homme est de ceux qu’on dit grands ! »

 

Il voulait les entendre raconter ces trois sonnets à qui mieux-mieux.

Il ne savait pas exister autrement qu’en trouvant une cruche ou deux.

Il ne pouvait plus se passer des chansons qu’elles répandaient sur eux :

 

« Je l’ai attendu toute ma vie ! Il est comme apparu des cieux ! »

« Il m’a dit que j’étais belle, et qu’il n’avait jamais trouvé mieux ! »

« Il embrasse et roule des pelles, comme il est : comme un dieu ! »

 

 

Il n’avait jamais su se tailler la part du lion dans sa maison.

Il n’aimait plus y penser. Pour lui, c’était oublié pour de bon.

Il aimait toutes les cruches qu’il dégotait comme un garçon.

 

Il commençait par leur offrir des mots doux, elles ne disaient jamais non.

Il continuait par leur apporter des fleurs, elles sentaient toujours si bon.

Il finissait par leur dire qu’il était là pour les servir. Elles se disaient : « Voyons-

 

Donc ! Mais cet homme est parfait ! Jamais il ne sera polisson !

Mon doux Jésus qu’il est si bon ! Enfin un homme doux comme un garçon !

Ah que j’ai de la chance ! Ah que je suis belle ! Ah qu’il est mignon ! »

 

Elles se passaient le disque pendant des semaines, jusqu’à oublier

Tous les signes témoignant du fait que cet homme ne savait pas aimer.

Elles ne voulaient plus qu’une chose. Elles ne savaient plus que s’accrocher

À l’idée qu’un homme paraissant doux comme un enfant, allait les embrasser.

 

Une fois qu’il les avait en effet embrassées, elles s’extasiaient du fait

Que cet homme s’était rasé de près, et qu’il n’avait pas vraiment piqué.

 

« Doux comme un agneau ! Bon comme un mouton ! C’est ce qu’il est !

Je vous l’assure ! J’ai bien jugé ! J’ai profité de chaque minute, enlacée

Dans les bras de cet homme qui me fait complètement chavirer ! »

 

Peu importait ce que ces femmes avaient à raconter.

Peu importait ce à quoi ces femmes pouvaient ressembler.

Peu importait ce que chez ces femmes il y avait à aimer.

 

Tout ce qui lui importait, c’était ce qu’il se répétait quand venait le temps de les enlacer :

« Elle m’adore, je le sais ! Elle m’adore, je le sais ! Elle m’adore, et je le sais ! »

 

Il n’avait qu’à se focaliser sur l’idée d’être par ces femmes adoré,

Pour arriver à se concentrer et à leur faire l’amour, comme s’il avait su déceler

Les secrets de leurs charmes, comme jamais avant lui aucun homme n’était passé.

 

Il repérait celles sur lesquelles il pourrait avoir la plus grande marge pour être adoré :

 

Celle-ci s’était toujours trouvée laide, il le voyait, alors il ne faisait que lui parler

De combien lui savait la trouver belle, il était prêt à le jurer, puis osait le scander :

Derrière tout ce qu’elle trouvait à se reprocher, lui voyait une beauté !

 

Celle-là s’était toujours pensée bête, il le savait, alors il ne faisait que lui parler

De combien lui savait la trouver brillante, il était prêt à le jurer, puis osait le scander :

Derrière tout ce qu’elle trouvait à se reprocher, lui reconnaissait une divinité !

 

Celles-ci comme celles-là s’étaient toujours reproché de quoi, il le sentait,

Alors, il ne faisait qu’encenser ce pourquoi elles n’arrivaient jamais

À fondamentalement, sincèrement, intégralement : s’aimer.

 

Il était de ceux qui arrivaient à voir les bons côtés

Même quand une femme les cachait pour se protéger.

Il avait compris son talent dès la cour de récré.

Il passait depuis sa vie à chercher à peaufiner

 

Les méthodes par lesquelles il finissait par se trouver

Une bonne femme à encenser pour qu’elle puisse le loger.

 

Parfois, les bonnes femmes qu’ainsi monsieur pognait

Arrivaient déjà obligées, notamment car elles avaient

Un ou deux bébés, qui, seuls ou de concert, de leur mère réclamaient

 

De se faire nourrir, au point de piailler,

De se faire loger, au point de pleurer,

De se faire aider, au point d’accepter

 

Que l’homme sachant pogner leur mère se permette d’inculquer

Aux enfants de ses bonnes femmes toutes sortes d’affaires, assuré

Qu’il n’avait qu’à dire que les enfants n’étaient pas sa responsabilité

Quand il n’avait plus envie d’inculquer, e.g. comme quand il était fatigué

 

Puisqu’après tout, il avait lui aussi des enfants à élever

Et qu’il avait mieux à faire de sa vie que de consacrer

Des onces de son excellence à transmettre pour aider.

 

Il partait alors s’occuper comme bon lui semblait.

Parfois, il allait crapoter. Souvent, il allait se balader

Pendant qu’il laissait les bonnes femmes s’occuper

 

De leurs enfants, de ses enfants, des enfants du monde entier.

 

Il vivait une vie de pacha, sans se faire remarquer.

Il apprivoisait des bonnes femmes désespérées.

Il se répétait combien à leurs yeux, il était adulé,

 

Et quand il sentait le vent tourner, monsieur partait pour recommencer.

 

Il s’enfuyait sans prévenir, sachant que s’il devait s’expliquer

Elles finiraient indistinctement & inexorablement par l’agacer.

Elles se mettraient à pleurer, à crier, à chouiner, à le supplier

Et monsieur le pacha n’avait plus envie d’essayer de se raconter

 

Que ces bonnes femmes l’adoraient, puisqu’in fine

Elles se tannaient toutes de ses petits airs de petit minet.

 

 

Un homme sur qui compter, c’était tout ce qu’elles demandaient.

Un homme qui ne savait que passer outre, c’est ce qu’elles récoltaient.

Un homme sachant voir la beauté et la brillance, qui ne se lassait

 

Pas de les encenser, quand bien même les bonnes femmes se le cachaient,

Voilà qui faisait de ce petit gigolo un petit homme attachant, qualifié même de rigolo,

Jusqu’à ce qu’on ait besoin de lui pour aider, et que monsieur réponde qu'il aurait préféré

 

Qu’on le laisse crapoter en paix.

 

Il faisait honte à son sexe et à sa famille, en tant qu’amant.

Il brisait les cœurs de ses bonnes femmes et de leurs enfants.

Il savait qu’ayant joué le même refrain depuis qu’il était enfant

 

Il terminerait sa vie entouré, simplement,

De bonnes femmes mal aimées, tel un mec méprisant.

***

Pour encencer les petits hommes, pirouette, cacahuète,

Qui n'ont pas qu'une drôle de maison, ni deux drôles de maisons,

Mais qui n'ont surtout jamais honte d'être à ce point polissons :

Il y en aura toujours une qui sera prête

À gober ce que les petits hommes qui se la pètent

🥜 Pirouette, cacahuète 🥜

Ont à leur raconter, sans se faire prier, pour se penser

ENFIN, AIMÉES.

 

Signé :

🌻 Savato Kiriako 🌻

 💘

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