Un paradis perdu, dix d'oubliés

Un paradis perdu, dix d'oubliés

Ce n’était pas une erreur

Si je sais en tirer une leçon

Je n’ai pas à en avoir honte

Si je surveille mes intentions

L’effet que je te fais ne m’appartient pas, car dans cet effet il y a bien autant de toi que de moi.

 

La part qui me revient, ce n’est pas celle que je contrôle.

Ma responsabilité à moi, c’est de comprendre mes pourquoi.

 

Mon seul devoir, c’est d’écouter

Quand tu me dis que ce que j’offre

Tu n’en veux pas

Et de respecter ton choix.

 

Alors, pour ne pas laisser monter la honte et tenter de faire quelque chose d’utile avec tout ça

 

J’étudierai les chemins de mon cœur.

Je les décortiquerai jusqu’à mon dernier souffle.

Je tenterai de comprendre ce qui se cache au fond de moi

Et tâcherai de me reprendre si ce que je vois

Me paraît voler un peu trop bas.

 

Jusqu’ici, j’ai eu honte, d’un peu tout et de n’importe quoi.

 

Combien des poux que je me suis trouvé je m’étais en fait inventé ?

Je me suis senti coupable quand ça ne marchait pas.

Je me suis cru responsable des autres et de leurs choix.

Je me suis désolé de mes ratés.

Si seulement j’avais mieux fait !

Je me suis flagellé avec vos non.

Puis-je te convaincre de reconsidérer ?

 

J’avais la certitude que c’est comme ça qu’on aime.

Se soucier des autres jusqu’à panser pour eux.

Voler leur responsabilité : quelle belle faveur !

Tout prendre sur moi : quel beau cadeau !

 

Avec cette mentalité, je dénuais la relation de tout son sens.

Il n’y avait qu’une direction : de moi à toi.

Le résultat : toujours pour moi.

 

Dans cette pensée, voilà ce que j’ai ressenti :

Ton rejet, je l’ai vu comme un affront

Ta critique, comme mon évaluation

Ta douleur, comme mon fardeau à panser

 

L’absence de réciprocité et la blessure occasionnée, s’il en était, ne pouvaient venir que de moi.

 

Tout est ma faute.

Tout ça c’est moi.

Je suis un raté.

Qui m’aimera ?

 

C’est pompeux de penser comme ça. Je ne le comprends que maintenant.

Je suis arrivé dans la vie pour régler la misère de ma mère.

Ça va plus loin : sans cette misère, je n’existerais pas.

On entre tous dans le monde avec une dette monumentale :

Celle que l’on doit à celle qui a donné son corps pour qu’on puisse respirer.

Mais il y a une ligne, que j’entrevois dorénavant, qui sépare la dette du gros n’importe quoi.

Me sentir redevable, c’est très louable. Me croire investi d’une mission, ça ne l’est pas.

 

Je lui dois un merci, pas de réparer sa vie.

Si ça s’applique à elle, ça s’applique à tout.

L’amour est universel, ses lois d’ordre public.

On n’y déroge pas quand ça nous chante.

C’est le début de la fin si on fait ça.

 

Je t’entends me dire que tu n’es pas intéressée.

Tu me dis même que tu te sens harcelée.

Le pire effet que je pourrais faire

 

Tu l’as ressenti, ça y’est.

 

Comprendre ça me broie le cœur.

Ce n’est pas seulement que je t’aime

Et que je ne te veux que du bien

C’est que de se sentir traqué et coincé,

C’est bien ma plus grande horreur !

 

Alors, savoir que c’est ça que tu ressens, ça me descend.

Je croyais qu’on flirtait, mais je dansais tout seul.

Ce malentendu suffit à me brûler le torse.

Nous ne dansons plus, pas même dans ma tête :

Je n’y côtoie que des copies conformes.

 

Alors, j’entends ton non, et je te dis merci.

Je vais m’ennuyer de toi, mais je vais faire attention :

Il ne faudrait pas que je confonde, comme à mon habitude,

Ce qui relève de moi et ce qui t’appartient.

 

Au final, qu’ai-je fait ?

Je ne t’ai ni touchée, ni contrainte.

Dans ta chair, donc, tu n’as rien à me reprocher.

 

Mais je t’ai envoyé mes mots. J’ai osé le faire.

On pourrait alors me dire que je voulais t’ensorceler.

Un vrai sorcier, donc. C’est ça que ça fait, les belles paroles.

 

Voilà ainsi l’endroit que je dois décortiquer :

Où se situaient mes intentions quand je te partageais mes émois ?

 

Tout a commencé là : je remarquais de bien jolies choses.

Plus j’en apprenais sur toi, plus tu brillais.

À force de resplendir, tu m’as semblé auréolée !

J’ai trouvé ça si beau, j’étais sidéré !

 

J’en ai accouché d’une montagne : je voulais en faire quelque chose !

 

Mourir et emporter ça avec moi ?

Toute cette beauté que j’observais en toi ?

Tout ce que m’inspirait mon regard

Lorsqu’il se posait sur toi ?

 

Les voilà, les idées qui me paraissaient folles !

 

Faut que ça se sache ! C’est possible ! Elle existe : je la vois !

Je n’invente rien : elle est bel et bien là, en chair et en os !

Une vraie personne, je vous promets : Je ne l’ai pas rêvée !

 

Mon intention, au départ, était donc là : mettre des mots sur ce que j’observais.

C’était si fort, qui plus est merveilleux, pourquoi garder tout ça pour moi ?

Pourquoi le taire si ça peut faire du bien ?

Ça pourrait même en aider un ou deux à savoir ce qui se passe en eux.

 

On m’avait plus d’une fois fait remarquer

Que je savais formuler ce que d’autres ressentaient.

On m’avait aussi dit que ça faisait du bien

De m’entendre dire tout haut ce qu’on pensait tout bas.

 

En plus de ça, il paraîtrait, que ça peut même en aider certains

À comprendre ce qui gît en eux

Non pas vis-à-vis de toi, mais vis-à-vis de ceux

Qui comptent à leurs yeux.

Comme la rose de Saint-Exupéry, si tu veux.

 

Je ne sais pas dessiner, mais j’aime parler, alors quitte à le faire, autant l’écrire !

Au pire aller, c’est du courage que j’insufflerai !

Alors, je me suis dit : pourquoi pas ?

Fallait que ça sorte de moi, une ligne à la fois.

J’étais enjoué, et pas qu’un peu !

 

Mais ce n’était pas que pour toi que je faisais tout ça

Car avant de t’écrire mes balivernes et états d’âme

J’ai continué de converser : pas dans ma tête, dans le concret !

Pas juste de toi, j’espère que tu le sais !

 

J’ai vu le vide, j’ai identifié le besoin :

Ce que j’avais compris n’était évident que pour moi.

Alors, je m’y suis mis !

Une pulsion de création, comme elle dirait.

 

Mais une fois sortis, une fois couchés, les mots ne semblaient pas venir de moi.

 

Je parle tant, et depuis si longtemps

On me répète que je parle trop

Mais on me dit aussi que je parle bien.

 

Alors j’ai écrit, et quand j’ai relu, je me suis dit : c’est pas mal dit !

Je l’ai fait lire à d’autres. On m’a répondu : bien joué, c’est plutôt sympa !

 

Je n’ai donc pas écrit pour te charmer

Mais tu faisais partie de celles que je voulais impressionner.

Qui plus est, le crayon, je ne crois même pas que c’est moi.

C’est bien pour ça que je ne m’en vante pas.

 

Je continue de décortiquer, mais pour l’instant

Je ne vois pas de mauvaises intentions.

 

J’ai laissé la grâce me toucher.

J’en ai fait quelque chose.

D’autres que toi m’ont dit :

Le résultat leur avait fait du bien.

 

Rien à me reprocher, il me semble donc, en tout cas pas à ce niveau-là.

Mais j’ai fait autre chose : je te l’ai partagé. Pourquoi ?

 

Je t’ai donné mes écrits. Je t’ai dit : tu me les as inspirés, en partie.

Tout ça est vrai : il n’y a pas que toi.

Les sentiments que je te porte ricochent sur d’autres,

Et ceux que j’ai pour eux retombent sur toi.

 

C’est ça le truc : tu es essentielle, mais tu n’es certainement pas tout.

Je n’ai donc pas menti. Tout ça n’était qu’en partie grâce à toi.

C’est intense, je l’admets, mais ce n’est pas obsessionnel :

Tu synthétises, certes, mais tu n’es ni mon alpha ni mon oméga.

Ce que tu me fais, toi, ça va au-delà de l’alpha et de l’oméga.

 

Mon point, justement, c’est que je le suis déjà pour moi-même.

J’ai appris à me contenter d’être à mes yeux tout ce qui comptait

Et c’est seulement depuis que j’ai compris ça

Que je peux aimer sincèrement autour de moi.

 

Ça a été un long processus, que j’ose décrire comme sinueux,

Et je ne dis certainement pas que tout ça vient de toi.

 

Le visage que tu m’as montré et qui a été décisif

C’est celui que jamais je n’aurais pu imaginer :

Je ne pouvais pas l’inventer

Puisqu’il remonte à l’origine de moi.

 

Exister pour sauver ma mère.

La faire se sentir rapetisser à mesure que je grandis.

La rendre inutile à vouloir vivre ma vie à moi.

 

Voilà le fardeau que je n’avais pas choisi.

Quoi que je lise, quoi que je fasse, où que je sois :

Je ne comprenais pas comment m’extirper de ça.

 

Je ne savais pas, jusqu’à toi.

 

C’est de cette bride que tu m’as libéré.

Elle était ma croix et ma bannière,

Ma peine à porter.

Jusqu’à ce que je te voie.

 

Malheureusement pour moi, quand tu as fait sauter tout ça,

Il était sujet de mes intentions à l’égard de celle qui relève de toi.

 

J’ai dit : je veux crever l’abcès.

Tu as répondu : je n’ai jamais pensé ça de toi.

Et voilà. C’était là.

 

Je t’entends encore, et je te revois. Je n’ai rien oublié. Je n’oublierai jamais.

 

Par ces mots, tu as libéré mon cœur.

Il s’est ensuite emballé, pour des raisons que j’expliquerai,

Mais avant ça, je regarde ce moment et je ne vois toujours pas

Ce que j’aurais à me reprocher.

 

J’ai laissé une femme ouvrir mon cœur à l’humanité en entendant son message :

« Jamais je ne croirai que tu es fou,

Jamais je ne t’ai attribué la moindre intention qui ne soit pas noble,

Même et surtout avec la prunelle de mes yeux. »

 

Si je m’en voulais pour ça, mon Dieu, quel gâchis !

 

Après tout ce temps passé à tenter de comprendre

Et entrevoir enfin d’infinies possibilités

Essayer de les formuler

Oser les partager

Histoire que ça ne reste pas qu’en moi.

J’ai beau chercher, je ne vois pas : il n’y avait rien de mal à ça.

 

Mais voilà où ça se gâte : tu me fais aussi de l’effet.

Que tu le veuilles ou non, tes charmes me transportent.

Je ne l’ai pas choisi. Je ne l’ai pas cherché non plus !

 

Je te l’ai dit : je faisais attention à ne pas trop te regarder.

Tu as souris.

Une première fois, en me disant que tu étais contente d’entendre ça.

La fois d’après, et c’est l’image avec laquelle je suis reparti :

Lorsque tu t’es dévoilée.

 

Tu m’as envoyé en pleine face toute la force de ton visage.

Tu avais même un sourire en coin en le faisant.

 

J’ai été foudroyé : mon Dieu que tu es belle !

C’est sorti tout seul. Tu brillais tellement !

Ce n’était plus seulement d’une auréole dont tu étais parée :

Tu avais dorénavant des ailes !

 

Je me serais contenté de ton cœur et de ta tête.

C’était pour moi bien suffisant.

J’en aurais aussi fait un livre

Et ça se serait arrêté là.

 

Mais la grâce en a décidé autrement : elle t’a faite incarner un corps qui m’émeut lui aussi.

Là encore, je cherche mais ne trouve pas : je n’ai pas demandé à être ainsi touché par toi.

 

Que tu aies, pour ta part, cherché ou non à me plaire,

Ce n’est aucunement pertinent : l’alchimie est là pour moi.

Si je te vois, dorénavant, je suis happé par tout ce que tu es

En partant de ton cœur et de la tête aux pieds.

 

Je ne t’ai pas rêvée, tu n’es pas mon idole.

Je suis touché. C’est juste ça.

 

Alors, je suis reparti,

Le cœur en feu, la tête légère,

Et l’âme amoureuse de toute ta personne.

L’avais-je choisi ? Je ne crois pas.

 

Avant ce coup de foudre,

Mon affection pour toi était pleine,

Mais elle n’était pas entière.

Je me gardais bien de risquer d’ouvrir cette porte.

 

Je connais sa force, je sais comment y résister.

Je pouvais voir le potentiel : je te savais belle.

Et pour n’avoir aucun dommage à causer

Je ne soutenais jamais ton regard

Et je regardais le sol.

Voilà donc ce qui s’est passé et le pourquoi je me suis rendu là.

J’aime chasser, tu le sais, mais tu n’as jamais été ma proie.

J’avais au contraire l’impression que tu aimais ça.

Cette impression, elle m’appartient.

Tu ne l’as pas explicitée : je l’ai déduite.

C’est peut-être là que je me suis planté.

 

C’étaient tes sourires, parfois en coin, souvent radieux et toujours là.

C’était la façon dont tu t’élances dans mes bras quand tu me vois.

C’était l’ensemble des mouvements que j’ai vu ta tête faire

Quand je te contais mes idées farfelues et mes affaires.

C’était le soupçon de déception que je t’ai entendue pousser

Quand j’avais d’autres personnes que toi à côtoyer.

 

C’était tout ça, et tes silences.

 

J’ai gardé la porte de sortie grande ouverte.

Je t’ai dit : tu n’as qu’un mot à dire, et j’arrête.

Tu peux toujours t’échapper.

 

J’ai précisé : pas d’urgence à en prendre connaissance.

Tu fais comme tu sens, c’est là pour toi

Si ça te tente et quand ça adonnera.

 

Alors, peut-être que je me suis empressé

Et que c’est ça que tu me reproches.

Je ne t’ai pas sauté dessus pour autant.

Je t’ai fait parvenir mes mots au fur et à mesure

Et les ai emballés : qu’ils ne te sautent pas au visage !

 

J’aurais pu attendre, je l’admets

C’est bien toujours mon genre de gaffes.

J’ai fait aussi vite que ça m’est venu,

Car c’est comme ça que je le sens.

 

Mais si je me suis empressé à livrer

Sans pour autant exiger un retour

La fragilité de l’existence y est

Grandement pour quelque chose.

 

Je préférais tout te partager et te laisser le soin

D’en prendre connaissance à ton gré

Que de risquer de m’évaporer et de laisser à d’autres le poids

De se demander à qui revient quoi.

 

Ce que je t’ai lancé dans cette hâte, c’était ce qui ne concernait que toi.

C’est ce que je t’ai écrit à la main, et ce que j’ai précisé

N’avoir pas vocation à être publié, à tout le moins pas maintenant.

 

Pourquoi donc ai-je fait comme ça ?

 

Mon rapport à la vie ressemble à ça :

Je la sais si fragile, c’est dans mon sang.

 

Je sais que l’aube s’entrevoit, même quand tout parait éteint

Je sais que la terre ne s’arrêtera jamais de tourner, et que c’est très bien

 

Mais ma vie à moi, mes jours, mon existence, c’est autre chose.

Je ne peux pas tenir demain pour acquis

J’ai connu trop d’envolées accidentelles pour ça.

Tout peut s’arrêter en un rien de temps,

Sans coupable à haïr ni aucun préavis.

 

C’est bien de là que je tiens mon nom.

 

Alors, je mets de l’ordre dans toutes mes affaires

Pour me libérer de tous mes fardeaux.

J’en ai même déjà préparé mes funérailles.

C’est à ce point, tu vois, et ça n’a rien à voir avec toi.

 

Je veux délester ceux que j’aime

Qu’ils n’aient pas un jour à se demander

Ce qu’ils représentaient pour moi

Et ce pour quoi mon cœur battait.

 

Voilà donc pour le contexte que tu n’avais pas.

Mais maintenant, c’est dit : tu ne veux pas.

 

Je ne sais ni ce que tu as lu ni ce que tu as entendu,

Mais je comprends ce que tu as écrit.

C’est trop pour toi, tu n’aimes pas ça.

Alors j’arrête là, je ne force pas.

 

Mais sois bien convaincue

Si je n’ai jamais l’occasion de te le dire :

Je ne regrette rien, et je t’aime toujours.

Je ne suis pas désolé : je n’ai fait qu’essayer de témoigner.

 

Je ne t’ai même pas touchée.

J’ai tenté de te convaincre, et ça n’a pas marché.

Le jeu en valait pourtant la chandelle :

Tu es si belle, et je le sais.

 

***

Pour faire le deuil d'un paradis perdu encore faut-il savoir ce que l'on a perdu, i.e. le pourquoi entourant le jour où on a su qu'on était en plein paradis, sans se douter qu'un jour on le perdrait, sans savoir donc qu'on passerait le reste de nos jours à rêver d'y retourner.

 

Offert gracieusement par SCM-SK

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