Condamnée à pardonner, condamné à rater

Condamnée à pardonner, condamné à rater

Du sort des épouses éprises, à l'égard de leur époux, du sentiment de dévotion,
comme des enfants à l’égard de leurs parents 

Du sort des époux épris, à l'égard de leur épouse, du sentiment d’allégeance, 
comme des adolescents à l’égard d’idéaux dépassant leurs parents

Paul le précise (Ephesians 5:22-33): 

Elle sera éprise d’une dévotion telle pour son mari qu’elle lui obéira, qu’il le mérite ou pas. Elle n'aura d'yeux que pour lui. C’est ce que Paul a dit.

Il sera épris d’une allégeance telle pour son épouse qu’il quittera tout pour elle (son foyer, sa terre, sa famille, ses amis, ses intérêts, i.e. tout ce qui le gardait loin), pour se rapprocher, qu’elle le veuille près d’elle ou pas. Il l’aimera elle comme il s’aime lui. C’est ce que Paul a dit.

Il partira. Elle restera.

C’est écrit. C’est comme ça.

Bien mal acquise celle qui, soumise, restera plantée là, comme il se doit, quand monsieur se permettra de la traiter comme un pacha. 

Bien mal reçu celui qui, déchu, se sera débarrassé de tout ce qui faisait son identité, quand madame se permet de le traiter comme un raté. 

 

Il ratera. Elle critiquera.

C’est écrit. C’est comme ça.

Il se fâchera. Elle pardonnera.

C’est écrit. C’est comme ça.

Elle se taira. Il s’enterra.

C’est écrit. C’est comme ça.

 

Pour qu’il ait un jour le courage de dire : "les femmes et les enfants d’abord !", il aura fallu qu’il apprenne à se faire à l’idée. 

Son sacrifice à lui, pour les sauver.

 

Pour qu’elle ait un jour le courage de dire : "même après tout ce darwa, je l’aime encore, je le crois, on est une famille, il est avec moi, même quand il ne l’est pas", il aura fallu qu’elle se résoude à l’aimer, même quand il n’est pas là, même quand elle ne le comprend pas.

Son sacrifice à elle, pour continuer de tisser.

Le danger qui les guette, c’est l’hubris qui la frôle, lorsqu’elle se convainc qu’il convient de rester en retrait, alors qu’elle devrait le suivre.

Il s’est rendu jusqu’à elle, elle ne quittera pas son paradis pour lui. Elle ne lui est plus soumise, faq elle le ridiculise, pis elle se dit bien embêtée le jour où elle réalise qu’à tant le critiquer, elle en a fait tout un raté.

Il ne la mérite pas, puisqu'elle est reine alors qu’il n’est plus roi.

Qu’il soit ou non pacha, voilà qui n’importe pas. 

Le néant qui les guette, c’est la mort qui le frôle, lorsqu’il se convainc qu’il n’est décidément qu’un bon à rien, à force de se vider et de se contorsionner pour ne récolter qu’une raclée de critiques, à longueur de journée, avec sa femme, perchée, première à colporter toutes sortes de balivernes, toutes sortes d’âneries à l'effigie de son mari, pour faire poiler la galerie. 

Elle ne le mérite pas, il ne se mérite plus.

Qu’il ait été, un jour, fier de la personne qu’il était, avant elle, depuis elle, depuis eux, cela n’importe plus. Tous ses efforts étaient vains. Rien n’a servi. Elle ne l’aime plus. Elle n'y croit plus.

Autant se l’avouer : un poids de moins, dix de retrouvés, quand il aura disparu, elle aura sa fierté.

Et les copains et les copines, autour de James et Joséphine ?

Elles pourront se dire qu'il était drôlement tourmenté. Tout un anxieux, ce pauvre râté !

Ils pourront se raconter qu'ils n'ont rien vu, rien entendu, rien compris, pas voulu, que James se retrouve ainsi désemparé, et incapable de rebondir vers d'autres manières de passer ses journées.

It's all gibberish to me, when you mix honours and feelings, dude.

Sawry, lol, come on, don't be so dramatic. It's all just a game, pis t'as perdu !

***

Pour aller plus loin, dans la direction oposée, deux exemples d'épouses, l'une anglicane, l'autre catholique, ayant contribué au rayonnement de leurs époux, qu'ils aient ou non eu des râtés, sans les dénigrer.

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Pour aller plus loin, du point de vue de l'époux, l'exemple d'un mari qui était souvent parti, qui a fait ben des affaires, qui a connu plus d'un succès et essuyé plus d'un râté, qui a courtisé et s'est fait courtiser, pas peu près, qui a pris position, tantôt sous des pseudos, tantôt sous son vrai nom, qui s'est fait attribuer toutes sortes de qualificatifs et de sobriquets (des noms de saints et des noms d'oiseau), et qui avait, semble-t-il, une relation plutôt harmonieuse avec son épouse, qu'il savait taquiner sans l'humilier.

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Savato Kiriako, paraphrasant Paul de Tarse et Benjamin Franklin pour remettre le suicide de James Forrestal en perspective du comportement de son épouse à son égard, jusqu'à ce qu'il disparaisse, ce faisant augmentant la cote de popularité de sa veuve, comme c'était écrit, le jour où elle s'est dit : "ce type-là, MOI j'dis tant pis ! Y'est un râté, y'a pourri ma vie" et que les potes de James Forrestal se sont dit, comme il fallait : "j'ai rien compris, j'y suis pour rien, il est parti, ce bon à rien" se confortant ainsi dans l'idée que James Forrestal n'était pas qu'un sacré râté, il était aussi tout un taré.

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