Nostalgie, proxies, et locus of control

Nostalgie, proxies, et locus of control

Le centre des commandes, c’est-tu lui qui décide ?

Vivre sa vie par procuration, c’est-tu bon ?

Donner aux autres le sens de ses émotions, c’est-tu sain ?

Prendre des autres le sens de leurs émotions, c’est-tu ben ?

Survivre via des proxies, à l’abris de ses fortifications, c’est-tu recommandé ?

 

Parfois, c’est oui, parfois c’est non.

Ça dépend du contexte, i.e. des théories mises en situation.

Il retournait à une époque dont il était fier :
Une cannette de soda à la fois.

C’était un mandat des plus banals, en soi. C’était un mandat chez le fabriquant du soda.

Au moment du mandat, y’était pas mal fier de lui. Y’était rendu quelque part de bien, pas bien loin.

Y’était là où la vie lui ressemblait, alors pourtant qu’il ne comprenait rien de ce qui se disait.

Il regardait autour, et il s’émerveillait.

Il passait la majeure partie du mandat à rêver.

Ne rien savoir de ce qu’il fallait faire ou dire, et n’avoir aucune feuille de temps à remplir :

C’était déjà en soi le mandat de rêve, mais y’avait encore plus que ça !

Le soda était gratos, dans les bureaux du fabricant de soda : all you can drink, anytime of the day.

 

Faq il buvait son soda, l’air de rien, juste comme ça,

Histoire de se rappeler d’une période de sa vie

Où il s’était enfin dit : « je suis fier de moi »

i.e. « j’aime qui je suis », autrement dit :

« J’ai de quoi être fier »

 

Faq y’était fier, jadis, à se contenter de gratifier de sa présence le client et l’équipe. Il savait faire !

On aurait pu lui reprocher son inutilité. Y’avait même demandé au boss d’écrire les mémos

À sa place.

Fallait oser.

Alors il avait sincèrement demandé, ce à quoi il s’était fait répondre, par le boss, amusé : εντάξει.

Le boss était au courant de sa non-productivité et ne lui en tenait pas rigueur.

Au contraire.

 

Chaque matin, le boss lui disait :

« Tiens, fais ce que tu peux pour aujourd’hui, et raconte-moi quelques histoires, i.e. réponds aux questions que je te pose pour comprendre (autrement dit : pendant que je cherche à découvrir), ce qui t’amène à travailler sur ce mandat chez le fabricant de soda, sous ma gouverne, le temps d’un mandat, alors que tu ne comprends pas un mot de ce qu’on raconte, faq ta contribution est limitée, pour ne pas dire nulle, ce qui n’est évidemment pas une situation qu’on souhaiterait encourager, sur papier, mais le grand boss est au courant, y’est d’ailleurs à l’origine de l’idée de te staffer là, avec moi, à faire « ce que tu peux pour la journée » et à profiter du soda à volonté. »

Faire bonne figure.

Faire la plante verte.

Faire ou paraître.

C’était le mandat rêvé, d’autant qu’en sus d’un boss et d’un grand boss compréhensifs, encourageants, voire amusants, il avait le plaisir, pour ne pas dire la joie, d’être staffé avec une collègue qui non seulement ne se plaignait pas du fait que sa contribution à elle était utile au mandat, pas comme la sienne à lui, i.e. qu’elle bossait pour eux deux, au prix d’une, sans s’fâcher, mais sa collègue lui posait elle aussi toutes sortes de questions pour savoir ce qui l’amenait sur ce mandat.

Dans une équipe de trois, déplacée chaque matin, chez « le fabriquant du soda », il se sentait drôlement privilégié d’avoir, « à longueur de journée », deux paires d’oreilles toutes ouïes à ses histoires, entre deux ou trois rêveries, via d’interminables conversations « chez le client », incluant « autour d’un soda », gratuit et à volonté, avec ce bonus, soit la cerise sur le gâteau, du mandat de rêve, comme des plus beaux :

Sa collègue avait le goût de lui apprendre, i.e. de lui transmettre :

-          Le langage du mandat, histoire qu’il soit de moins en moins perdu, à chaque matin, ce faisant le laissant « sur sa soif » chaque soir, en le déposant chez lui (elle faisait aussi taxi, avec proactivité et joie, i.e. elle avait proposé, pis elle souriait tout le long du trajet).

-          La culture de l’endroit, tant « chez le client » que « chez le donneur d’ordres » pour ce mandat, que « dans cette région du monde », où gisait la source du mandat.

-          Des bouts de son histoire à elle, histoire que l’échange concerne les deux parties, soit pas que lui.

À chaque gorgée de ce soda, prise plus d’une décennie après l’interlude de ce mandat, il se rappelait qu’il avait su, jadis, défier non seulement les probabilités, mais aussi les vents contraires et le cynisme, dans une ténacité réfléchie, quoique pas vraiment planifiée, par une audace passionnée, laquelle l’avait notamment mené, en présence de sa collègue de rêve, sur son mandat rêvé, géré par un boss et un grand boss lui ayant témoigné d’un soutien tel qu’il mourrait de honte à l’idée d’un jour ne serait-ce que paraître en abuser (ce qu’il ne s’était pas permis de faire, au demeurant, sur le mandat suivant, pour le même grand boss et un boss différent, qu’il appréciait tout autant, dans un langage qu’il comprenait, alors il s’était vaillamment porté volontaire pour « récupérer ses heures » sur le mandat d’après), à être payé à rêver, répondre à des questions émerveillées, en poser en retour, avec entrain et enjoué, à du monde qui avait « le goût de la transmission », « la soif de la découverte » et « le sens de l’accueil », admirer les alentours, et boire du soda, à volonté.

Surfant sur la nostalgie, il bénissait la compagnie qui était encore en vie et continuait de distribuer ses sirops gazéifiés en défiant, elle aussi, les probabilités : le monde savait ben, désormais, que du sucre et du gaz, à un moment donné, fallait savoir s’limiter. 

Et pourtant, ça s’vendait !

Il n’était pas plus crétin que la moyenne, alors lui aussi savait ben, qu’il pourrait « se reprendre en mains », par exemple en pactant son frigo d’affaires à teneure élevée en valeur ajoutée, en arrêtant À LA FIN de pleurnicher sur son sort, en se taisant POUR UNE FOIS, histoire de ne plus radoter, et en se remettant ENFIN à travailler, soit en retournant auprès des gens qu’il fuyait DÉSORMAIS, se proposant À NOUVEAU de leur être utile, moyennant deniers CETTE FOIS-CI, pour espérer UN JOUR se replacer à la hauteur de :

« Tout ce qu’on avait fait pour lui »

Il y avait encore de quoi à squeezer. Il n’était pas fini, à ce qu’on lui disait.

Les exhortations du monde qui n’avait pas idée de sa réalité, il s’en balançait.

Comme dans son mandat de rêve, devenu réalité et à jamais conservé dans les recoins les plus sombres de son CV, il savait que les opinions infondées à son sujet n’avaient plus la moindre emprise sur sa capacité à s’extasier de l’effet suscité par de simples bulles barbottant dans la mélasse sur sa production in house de dopamine, soit l’hormone du bonheur, suivie de près par un cocktail de sérotonine, grâce à laquelle « il était chill », d’endorphine, lui permettant de « se sentir ben », et d’ocytocine, soit l’hormone de l’amour, qu’il espérait retrouver dans vraie vie, une fois sorti de sa nostalgie, mais qu’en l’état actuel de ses circonstances, i.e. dans la réalité de sa vie, il se contentait, pour aujourd’hui, de savourer par proxy.

Taking artificial hits of the kind of things that make life seem to be worth living

To remember, while he cannot be with her, that pride, joy, well-being, happiness, and love

Were once in his head, then on his tongue, later in front of his eyes, before it disappeared

One minute there, now she was gone.

Taking artificial hits of the kind of things that make life seem to be worth living

Not to forget that, even though he cannot be with her, thus going through each day like a chore

There was a time, though far removed, where he felt proud in front of her, making every mistake

Leading up to her seem like the best decision, ever.

Taking artificial hits of the kind of things that make life seem to be worth living

Until he figures out a way to bring her back, if not in real life, at least in his heart.

***
Savato Kiriako, rooting for XXXXX Co.

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