La place des grands hommes et les orientations des lycéennes

La place des grands hommes et les orientations des lycéennes

« En effet, il arrive que ça fasse mal.

En effet, il arrive que ça la mette dans tous ses états.

En effet, il arrive que ça lui fasse ressentir de quoi, et d’autres fois n’importe quoi.

Quand la paroi de son utérus se désintègre, il lui arrive de ressentir de la douleur et du chagrin.

Quand le sang se répand sur ses vêtements, il lui arrive de trouver ça drôlement embêtant.

Quand elle comprend qu’elle n’est pas enceinte, à la première goutte de sang, il lui arrive

Tantôt d’être soulagée

Tantôt d’être attristée

Tantôt d’être indifférente, pas peu près. »

 


Il aimait lui poser toutes sortes de questions. Elle n’avait pas réponse à tout, elle avait mieux :

Elle s’était souvent déjà posé la question, et si elle ne se l’était pas posée, elle faisait mieux :

Elle y pensait avec lui, et ils partageaient leurs raisonnements et perspectives pour mieux

 

Cerner la question et tenter d’y répondre, en tâchant de ne pas penser qu’à eux

Pris individuellement, mais au lieu, en regardant le sujet et ses contours à deux.

 

Dix ans après s’être dis rendez-vous dans dix ans, il la trouvait non seulement

Au moins dix fois, si ce n’est cent, plus belle qu’elle ne l’était voilà dix ans

Mais surtout, fidèle à ce qu’elle était quand ils allaient au lycée auparavant

En ayant en sus à son actif dix ans de règles, une fausse-couche et un avortement.

 

Elle avait pris de la bouteille, et elle n’avait pas encore trente ans.

 

Vingt-sept ans seulement, puisqu’elle était de fin d’année et n’avait pas comme lui retapé.

À bientôt trente ans et trainant derrière lui une carrière déjà fournie, il était impressionné

De constater qu’à partir de maintenant, en la revoyant, il s’engageait à ne plus jamais

 

Suivre une lycéenne qu’il aperçoit par la fenêtre d’un café du seul fait qu’il la trouve jolie

Et qu’elle est partie à gauche plutôt qu’à droite comme pour y voir un signe de la vie

Plutôt que de s’intéresser aux femmes de son âge et à celles qui connaissaient la vie

Non pas seulement d’y avoir pensé, d’y avoir médité, mais de l’avoir vécue, aussi.

 

Elle était en procédure de divorce d’avec un homme qui avait l’âge d’être son père.

Il l’avait approchée quand elle était encore au lycée alors qu’il était avec son père.

Elle l’avait trouvé séduisant, intelligent, affectueux et même s’il avait l’âge de son père,

Qu’il était marié, qu’il avait des enfants, elle espérait le faire dans le dos de son père.

 

En conséquence, elle était jadis assez grande pour comprendre qu’elle ne devrait pas

Entamer une relation avec cet homme. Elle l’avait fait et disait qu’elle ne regrettait pas

D’avoir commis toutes ces erreurs, d’avoir succombé à tous ces pêchers et ces faux-pas


Car à bien y réfléchir, 

La Grâce avait semblé lui dire d’apprendre et de partir :

« Ne reste pas ! »

 

Quand elle était tombée enceinte, alors qu’elle était encore au lycée, il l’avait grondée.

Ils l’avaient fait pendant qu’elle avait ses règles, convaincus qu’elle ne pourrait pas tomber

Enceinte alors que sa paroi utérine n’avait pas de point d’ancrage à offrir à un futur bébé.

Ils s’étaient trompés, et quand il trompait sa femme, il se disait que d’enguirlander

 

Sa maîtresse, qu’il voyait en secret et qui avait l’âge d’être sa fille, ce qui l’excitait,

Était nécessaire à l’éducation qu’il pensait dispenser à la lycéenne qu’il avait

Tout bonnement trahie en la séduisant alors qu’il savait pertinemment qu’il ne devait

Pas tromper sa femme, pas trahir son ami, pas abuser de l’ascendant qu’il détenait

 

Sur une adolescente qui le regardait comme s’il était un dieu, puisqu’il savait

Parler d’un air assuré et remarquer le fait que même si elle se cachait elle était

Belle, pas peu près, ce sur quoi il aurait dû éviter de lorgner une fois qu’il l’avait

Remarqué, car à la fixer langoureusement comme il s’était permis de faire, il avait

 

Corrompu son âme quand elle avait croisé son regard et compris qu’elle lui faisait

Tout un effet alors qu’elle était encore au lycée et qu’il n’était pas mais qu’il aurait

Tout à fait pu être son père ce qui en soi l’écœurait, mais ne sachant qu’elle pouvait

Repousser les avances d’un homme qui lui plaisait en théorie qu’elle ne voulait

 

Pas vraiment aimer dans la chair, comme il s’était ensuite proposé

De lui « inculquer »,

Elle s’était laissée séduire, et il en avait abusé.


 

Tout était allé si vite, elle n’avait pas eu le temps de penser

Aux conséquences pour son avenir, à sa femme, aux idées

Qu’elles se feraient l’une de l’autre, chacune sachant attirer

Sur elle le désir de cet homme qui aimait tant se pavaner.

 

Elle avait avorté avant d’avoir 18 ans, et puisqu’elle ne pouvait en parler

Ni à ses amies, ni à ses parents, ni à quiconque lui aurait dit de dénoncer

L’homme qu’elle aimait qui l’enjoignait de se faire avorter sans proposer

Ni de l’accompagner, ni de la soutenir une fois la procédure exécutée

 

Elle avait vécu le voyage vers, pendant, et après l’avortement

Seule, honteuse, malheureuse, tout en reconnaissant

Que si les règles étaient douloureuses, un avortement

Faisait un mal de chien, tant physiquement que moralement.

 

S’étant privée d’en parler, elle avait continué de voir son amant

Sachant pertinemment qu’elle ne devait pas mais se disant

Qu’au moins lui pouvait savoir pourquoi elle pleurait tout le temps

Et qu’après ses leçons de morale, il aimait l’enlacer tendrement.

 

Elle avait des amies par milliers, mais n’avait jamais vraiment

Plu aux garçons ou rencontré des hommes de son âge sachant

Prendre part à ses discussions en l’inspirant et la contredisant

De manière à assouvir sa soif de connaissances, en aimant.

 

Elle s’était résignée, alors qu’elle était encore adolescente, au fait

Qu’aucun garçon de son âge ne serait à même de lui tenir tête

Sans pour autant l’humilier, puisqu’ils semblaient se payer sa tête

À la fin des conversations qu’ils quittaient tous en rigolant du fait

 

Qu’elle était Madame-je-sais-tout.

Qu’elle se prenait le chou.

Qu’elle leur prenait la tête.

 

Celui dont elle divorçait à vingt-sept ans avait quant à lui fini par quitter

Sa femme et ses enfants quand elle avait passé l’âge où il pouvait annoncer

Que c’était tout à fait légal pour lui de la prendre et de l’épouser

Alors qu’il avait toujours l’âge d’être son père, lequel avait crié

 

Et prié tous les saints d’abattre leurs foudres sur l’union qu’il disait maudite

Entre sa fille et cet homme qu’il ne fréquentait plus puisque cet homme avait maudit

Le lien sacré par lequel une figure paternelle ne pouvait abuser de celle ou de celui

Placé.e en situation de subordination et d’adoration des affaires qui étaient dites

 

Comme celles qui étaient faites et des valeurs incarnées

Par la figure paternelle placée en position d’autorité

Ce faisant privant la personne placée sous l’autorité

Du discernement nécessaire pour pouvoir décider

 

Que si sa fille était désormais majeure et vaccinée

Il n’en demeurait pas moins que cet homme avait joué

À touche-pipi avec elle alors qu’elle était encore au lycée

Qu’il était encore marié, et qu’il était et demeurait assez âgé

 

Pour passer le reste de sa vie à n’être aux yeux de sa fille qu’un homme ayant abusé

De l’ascendant dont il disposait quand il l’a rencontrée et qu’il l’a délibérément fixée.


 

Son père et sa mère s’étant fermement opposés à leur mariage

Elle les avait quittés pour le suivre loin de leurs familles respectives, lesquelles étaient outrées.

Il avait les moyens de s’établir où il voulait et comme elle était sage

Et tout aussi curieuse qu’au lycée, elle avait pour sa part enchaîné divers diplômes d’université.

 

Après quelques années, elle avait senti monter le désir d’être mère

Et puisqu’ils étaient mariés, il ne s’était pas opposé à l’idée d’être père

À nouveau, avec elle, sans chercher à la faire avorter, au contraire

Ils avaient essayé, sans succès, ce qui lui laissait à elle un goût amer

 

Puisqu’un deuxième embryon avait réussi à s’accrocher

Après celui dont elle avait avorté quand elle était au lycée

Et qu’elle avait eu le temps de se réjouir à l’idée de l’arrivée

D’un bébé, qui n’avait pas eu le temps de dépasser

 

Le stade embryonnaire avant qu’elle ne comprenne, en sentant le sang

S’écouler dans les toilettes, sans douleur, tranquillement

Qu’elle faisait une fausse couche et qu’il n’y aurait, finalement

Pas d’enfant qui viendrait de cette union, puisqu’à la vue du sang

 

Elle avait compris qu’il s’agissait du signe qu’elle attendait, patiemment

Pour trouver le courage de quitter cet homme pour de bon, fermement

Sans lui laisser l’opportunité de la convaincre de rester, en la rabaissant

Soit sa méthode de prédilection pour la recadrer et la remettre dans le rang.

 


Après plus de dix années passées à côtoyer cet homme et à l’étudier, discrètement

Tout en tâchant de comprendre pourquoi elle restait, soit ses agissements,

Ses décisions, i.e. son comportement, elle cernait le pourquoi du comment

Une femme comme elle avait réussi à se convaincre, seule et gaiement

 

Qu’un homme comme lui non seulement,

La méritait

Mais surtout,

Qu’il l’aimait.


 

En l’entendant lui raconter ce qu’elle avait fait de sa vie toutes ces années durant

Il s’était dit que Dieu merci, lui, n’avait plus vingt-sept ans, et qu’à trente ans

Du haut de ses perspectives, du creux de ses déboires, face à ses désenchantements

Il pouvait voir en elle, sans prétention ni ensorcellement, qu’il souhaitait être son amant

 

Et qu’elle voulait aussi certainement

Un jour être sa femme, et le prendre officiellement

Pour être son mari, quand ils pourront le faire, légalement

Avec une certitude soudainement

 

Acquise quand elle a levé la tête de son café et l’a regardé

Droit dans les yeux, sans parler, en souriant, pour l’inviter

À partager ses opinions, ses nouvelles, sa vie, ses idées

Avec la conviction de lui plaire, i.e. qu’elle lui faisait de l’effet

 

Qu’elle le savait, et qu’elle s’en voyait

Bien heureuse à l’idée de ce qu’il trouverait

À répondre à tout ce qu’elle venait

De lui déballer quant à son jardin secret.

 



Il aime son côté Madame-je-sais-tout

 

Car elle n’est jamais intentionnellement cassante quand elle le prend, elle sait.

Elle dit ce qu’elle a à dire, et tâche de le faire dans les règles de l’art, il le sait.

 

Elle lui fait penser à Hermione, elle est un peu sa « sorcière bien-aimée ».

Elle sait des choses qu’il n’aurait jamais pu ne serait-ce qu’imaginer.

Elle fait ce qu’elle a à faire, elle répète ce qu'elle a déjà dit, et tout ça lui plait.

 

Ron avait toujours été « son préféré »

Il se savait comparable, comme similaire, à Ron, pas à Harry

Tout le monde parlait d’Harry, et lui ne pensait qu’à Hermione

Qu’il avait imaginée pendant des années, d’abord par écrit

Ensuite à l’écran, et finalement dans la vie

 

Où il passait ses journées

 

À chercher à contribuer, comme Ron

À faire du mieux qu’il pouvait, comme Ron

Tout en cherchant, un tantinet désespérément, comme Ron

 

L’Hermione de sa vie, aussi appelée sa « sorcière bien-aimée ».

 

« J’irai où tu iras », il était prêt à le scander

Mais il n’avait jusqu’ici essuyé que des ratés

« Mon pays sera toi », ça n’avait pas que de bons côtés.

 

 

À chaque séparation, d’avec une femme relevant de ce territoire

Il perdait l’intégralité des mailles de filet qu’il avait tricottées

Aux côtés de sa bien-aimée,

Jusqu’à ce que les ailes de l’amour commencent à plomber

Et qu’on ne cesse de s’aimer.

 

En revoyant cette femme, aux airs, notamment, d’Hermione, soit celle qu’il aimerait bien aimer


Il se sentait tout aussi bien « inspiré » que « terrifié » à l’idée

De passer à côté d’Hermione et

 De la manquer

 

Qu’elle ne le manque lui, qu’ils ne se manquent eux, qu’elle ne lui manque, elle aussi ;

Qu’il passe à côté de sa destinée, en cherchant à impressionner Hermione ;

Qu’Hermione passe à côté de l’amour de sa vie, comme Hermione parfois le faisait.

 

Voilà les scénarios qui n’avaient de cesse de tourner

Soient les possibilités qui semblaient le tourmenter

Sans répit, sans relâche, sans arrêt

Pendant qu’elle parlait, derrière son café.


 

Que lui répondre, quant à lui, quant à sa vie ou son avis

Sur ce qu’elle venait de raconter, quant à elle, quant à sa vie

Bien plus intéressante et raisonnée que tout ce que lui

S’était retrouvé à faire et à penser, en dix ans, soit depuis

 

Qu’ils avaient terminé le lycée, en se disant, avec d’autres amis

Rendez-vous dans dix ans, même jour, même heure, on s’voit ici

 

 

Pour voir ce qu’il est advenu, pour constater ce qu’on a perdu

À prendre dix ans avant de renouer avec celle qui nous avait plu

 

Jadis,

Mais qui restait toujours dans son coin, pendant qu’on faisait les malins

Qu’on courrait après tout ce qui bougeait, qu’on rigolait, comme des crétins

Et qu’on oubliait de prendre la peine et le temps de discuter

Sans ne la couper ni se moquer, avec celle qui savait laisser

 

Les profs comme le reste de la classe, tout simplement bouche-bée ?

***

Pour montrer le visage de deux personnes s'étant "passées à côté"

Ayant la chance de "se retrouver"

Après avoir passé 10 ans sans "se recroiser"

Et constater que le temps les avait "marqués"

Pour le meilleur, par leurs râtés, s'ils ne manquent pas l'opportunité

De réapprendre à se connaître et s'apprécier

Autour d'un café, pour commencer.

 

Offert gracieusement par SCM-SK 

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