La fille du médecin est bien embêtée
🎼[version parlée]🎼

Elle n’a jamais été placée dans une situation aussi délicate
Elle me dit que planifier des congés avec moi, c’est drôlement compliqué
Elle n’a jamais eu à faire ça avec du monde de mon état
Elle dit : tu ne pourras pas payer, et je ne paierai pas pour toi
On est égales, sur les mêmes pieds, ce n'est pas plus à moi de payer
On a l’une comme l’autre les moyens de nos ambitions
En termes de capacités, on se vaut un pour un
Mais voilà, de mon côté, je ne suis pas fille de médecin
Elle me sort qu’elle voudrait planifier
Et savoir combien mettre de côté
Elle est responsable et elle en retire une sacrée fierté
L’argent ne lui est pas donné, c'est ce qu'elle doit protéger
Ses vacances, elle les a méritées
Elle travaille le dimanche à La Cordée
Ses fins de semaine sont occupées
Et elle remplit sa semaine de mille et unes activités
Le plein air est son univers !
Il est merveilleux ! Comme sa mère !
Qui est quant à elle non pas fille mais femme de médecin
Un cran au-dessus de la mienne, laquelle ne s’est pas rendue aussi loin
Elle n’a pas réussi à se dégoter un médecin et n’est devenue qu’infirmière
Chacune sa place sur l’échiquier
Nous n’avons pas toutes le même chéquier
Alors, je la comprends, ma pauvre fille de médecin !
C’est drôlement embêtant d’être ainsi confrontée
Au fait qu’on est égales sans pour autant jouir des mêmes moyens
J’avais tout quitté pour elle
Je la suivais les yeux fermés
Et elle n’a pas été fichue de planifier son été
Alors, ma fille de médecin, pour qui j’avais pourtant tant d’admiration
M'a quittée en me disant : t’es trop pauvre pour moi mon garçon
J’veux m'payer des vacances, mais chu pas là pour faire la charité
Si on fait de quoi, je devrai payer pour toi
Si on fait de quoi ensemble, je devrai toujours payer de quoi
Et je t'aime, je te l’ai dit : j’adore ta compagnie
Mais pour mes évasions, c'est non.
Je ne t’emmènerai pas avec moi.
Si t’es pauvre, c’est pas mon problème, je suis pas responsable de toi
J’ai peur que tu me voles et que tu ne m’aimes que pour mon papa
Tu étais là, quand il a dit à mes sœurs et moi :
"J’ai parlé à mon fiscaliste, on a pu tout maximiser !
Y'ont mis des plafonds, c'est d'adon ! Parait qu'faut encadrer
Pour s'assurer que vos épargnes sont belles et bien enregistrées.
Comme je suis entouré, ne vous inquiétez pas
Votre avenir est garanti. Le coussin est là.
Vous savez que vous pourrez toujours compter sur papa.
Elle n’avait pas encore 30 ans, et pourtant
Papa avait déjà maxé ses RÉER !
Et puisque j’étais sa blonde et qu’est venu le printemps
Elle n’a pas su planifier son été tout en protégeant ses arrières
Comme elle le sait depuis toujours : elle doit faire attention
Y'a du monde qu’est après elle et y'en a aussi après l'pognon
Alors, peu importe le fait qu'elle m’avait séduite par son accent
Sa voix, sa joie de vivre, ses passions, ses enchantements
Et le fait que même si elle était une fille à papa
J'l'a trouvais pas mal hot de travailler à La Cordée
Et de toujours faire en sorte d'avoir de quoi pour payer
J'la trouvais belle dans ses beaux vêtements
J'la trouvais attachante dans ses récits de voyages
Qu’elle pouvait se payer
Puisque papa payait le reste
Pour ma part, j'avais à peine de quoi manger et je ratais souvent la deadline du loyer
Elle m’a quittée et quelques semaines après s’est pognée une médecin !
À l’hôpital pour enfants en plus ! Et qui parlait hébreux !
J’étais comme : oh.my.god! Je m’incline, je ne la mérite pas !
Elle a eu raison de me quitter : elle a trouvé bien mieux que moi
Et une fille, qui plus est, que je la voyais fière de présenter à son papa
Je l’ai pleurée des années durant. Elle me manquait terriblement.
Elle n’aura que ce poème. Faudrait quand même pas abuser.
Je suis passée à autre chose. Sa peur a nourri d'autres proses.
Je sais qu’elle ne comprendra pas
Que je ne l’aimais pas pour tout le cash de son papa
Son trust fund, son vélo high tech et les récits de ses exploits
Moi, j’aurais été comblée d’aller dormir avec elle dans les bois
Couchées par terre, à l’ancienne et sans fioritures. Juste comme ça.
Si elle revenait, je lui dirais d’aller s'brosser
Ce n’est pas qu'elle n'est plus belle
Ses yeux me feront toujours de l'effet
Comme me faire perdre la tête et commencer à dire n’importe quoi
Je sais qu'elle ne comprendra pas, car avant sa peur, j'ai entendu sa médisance.
C'était quand elle m'a craché ça :
" Tu n’es pas vraiment grecque, alors franchement
Quand tu parles de la Grèce j'trouve ca pas mal agaçant. "
Encore aurait-il fallu que la fille de médecin elle aussi s’intéresse à moi
Encore aurait-elle pu comprendre que mon monde tourne autour de moi
Elle aime être adorée. Elle vieillira à se lamenter :
"Pourquoi ô grand pourquoi personne ne s'intéresse à moi ?"
C’est parce que je l’ai aimée d’un amour véritable, que je suis fière
Et elle ne m'a pas crue puisqu'elle n’a pas jugé nécessaire
D’apprendre à son tour les façons de me connaître
Et de s'émerveiller elle aussi de la personne qu'elle découvrait
Que je me dis désormais que je suis née privilégiée
De ne pas être la fille d’un homme sur qui on peut compter
Car je sais à la fois aimer éperdument
Et préférer à la propriété la sacralité du moment
J’ai plus d’une fois tout quitté et vendu ma vie pour un instant
J’ai déjà démontré ce qui pour moi comptait vraiment
Le théorème de mes valeurs ne m’est pas étranger
Pas besoin qu’elle le voie pour que je sache sur qui compter
Je parle de mon propre coeur, pas de celui de mon papa
Et pourtant, je l'aime lui aussi passionnément, c'est comme ça
Une chance qu’il n’était ni médecin ni quelqu’un sur qui on peut compter
C’est grâce à lui et ses choix que j’ai appris à compter sur moi
Sans me laisser façonner par les histoires et mes préjugés
Elle ne m’a pas aimée, elle n’a pas pu et Dieu merci
Je sais qu’avec elle ou sans elle, je peux m’aimer moi aussi
***
Ce poème et cette photo, signées Savato Kiriako, peuvent être appréciées avec, sur toile de fond, un fils de médecin qui s'est pris la tête sur le poids de son héritage et de l'appel qu'il entendait.
Michel Berger nous a livré des merveilles, et on n'a pas fini d'en parler, mais aujourd'hui, on pointe vers la chanson que Véronique Sanson, quant à elle fille d'avocat et donc un peu toujours là pour remettre le monde à leur place, lui a écrite, qui explique notamment pourquoi elle est partie (il semblait se prendre la tête un peu trop souvent, et ressentir de la honte quant au fait que du monde parle dans son dos)
Une chanson où elle lui dit ses quatre vérités
Mais qui lui laisse tout de même une lueur d'espoir
Toujours garder la porte ouverte !
Ça va des deux côtés.
Elle le délivre alors avec ce vers, l'un des plus puissants de l'histoire de l'humanité :
🎼
🎼
🎼
🎼
🎼
🎼
🎼
🎼
🎼
Ta douleur efface ta faute
BAM !
🎼
C'est dit.
Et en chanson sur Spotify, c'est par ici : LE MAUDIT
Et pour notre RomCom De Loin, c'est par là !
Archive :
