Le gâchis charpentier sonne comme ça

Le gâchis charpentier sonne comme ça

Habitué à reconnaître et naviguer l’état de dissociation, il était conscient d’un ordre divin.

Il voyait la personne partir dans ce qui semblait être une autre dimension, puis revenir, comme si de rien n’était. C’était déconcertant, épeurant, et difficile à naviguer, enfant, mais une fois passée l’enfance, il pouvait utiliser sa trousse à outils, son sens de l’orientation, et sa foi en l’amour, pour naviguer la dissociation à l’échelle de groupes.

Il comprend alors qu’il pourrait monter une secte.

C’est épeurant, pas peu près. Le monde est différent. Du monde le regarde de-même :

Lui, y’était juste là pour faire d’la poésie, mais faire d’la poésie, ça crée, ça :

Le monde autour de lui s’agite, pas peu près.

On lui fait signer des contrats. On lui dit : la scène, la crowd, la dévotion : pour toi !

Le gars, il reçoit le message. Et il répond qu’il n’aime pas ça.

Il se retient de déféquer, c’est la marge qu’il lui reste pour passer son message : il en a assez.

Mais les contrats étaient là : il ne peut pas en sortir.

Il y a du cash à faire, son avenir est scellé. Lui se dandine, pendant qu’on gère l’empire.

Le gars répète, articule, chante, qu’il en a ras-le-bol, qu’il aimerait qu’on le laisse tranquille.

Mais les contrats étaient là : il ne peut pas en sortir.

Alors il s’échappera.

 

Pendant ce temps, ou juste après, pas loin, dans le même ordre d’idées, dans des circonstances comparables, Céline Dion était découverte par René Angélil, lorsqu’elle avait 12 ans et lui 40.

Pendant ce temps, ou juste après, pas loin, dans le même ordre d’idées, dans des circonstances comparables, Céline Dion accueillait René Angélil dans la gestion de son tissé-serré.

Son emploi du temps : délégué !

« Demande à René, c’est lui qui sait ! »

Céline Dion pouvait se concentrer sur les performances. René Angélil pouvait maxer son agenda comme bon lui semblait. Il pouvait dire : 

« Désolé, mais c’est comme ça. Demain, tu chantes là. »

7 ans après la rencontre entre Céline Dion et René Angélil, Jean-Jacques Goldman vivait l’horreur et l’effroi de perdre une de ses muses, tombée sous l’effet du gâchis charpentier ayant infiltré la raison et le cœur du milieu artistique dans les marrées de confetti :

Jalousie, insécurité, chicanes.

Attirés par les paillettes, éblouis par la grâce, avides de feel good vibes, les confetti se ruent sur Céline, comme il se ruent sur Sirima, à cette différence près : CélineRené

14 ans après la rencontre entre Céline Dion et René Angélil, lorsque Jean-Jacques Goldman fait la rencontre du couple, Céline et René sont fiancés. Elle a 26 ans, lui 54.

Sur papier, Jean-Jacques Goldman imagine Céline . Il se renseigne et commence à s’intéresser tant à Céline qu’à René. Il les rencontre, il voit bien que René est un tantinet fâché : le poète français qui s’ramène, pis qui regarde sa fiancée les yeux pleins d’étoiles.

Évidement, René n’était pas très content.

Mais Jean-Jacques n’est pas que perspicace et audacieux ! Il est aussi tenace et généreux !

Jean-Jacques entend le « non » de René, et le « oui » de Céline. En même temps, au resto.

Il comprend illico presto la dynamique.

Il les voit tous les deux avec la dévotion du poète qui comprend que Céline est safe, car elle a René, que Céline a su discerner un vrai bon gars, qui allait maxer son calendrier, avoir le double de son âge, et disposer de tous les droits sur sa carrière et son temps à titre de gestionnaire, certes, mais qui l’aimait d’abord et avant tout comme un époux.

Il le voit dans leur danse, il tombe des nues.

Un homme comme René, c'est du jamais vu.

Une femme comme Céline non plus.

Jean-Jacques leur offre La Mémoire d’Abraham et La Prière Païenne, de quoi les réconcilier et les tenir à jamais l’un à l’autre, selon qu’ils ont l’un ou l’autre besoin / le goût de se référer à René Angélil comme une figure d’Abraham pour Céline, ou de se rappeler que Céline n’est pas une bête de foire.

Elle veut bien prendre tout ça très au sérieux, et donner de sa personne en suivant la vision de René Angélil et l’appel de l’humanité à répandre de l’amour en chansons, elle est aussi, d’abord et avant tout, celle qui chante La Prière Païenne, soit l’état d’esprit de Céline Dion quant à la religion, quand Jean-Jacques Goldman la rencontre, en 1994, 14 ans après qu'elle ait rencontré René Angélil, 14 ans après avoir découvert les confetti, 7 ans après que Jean-Jacques Goldman ne perde Sirima.

"Savant poète, je prie pour toi" : Jean-Jacques Goldman fait son auto-dédicace, avec l'audace du poète, dans le respect de René. Pour leur rapport aux confetti, il leur offre Regarde-moi, de quoi les rassurer tous les deux.

Céline aime RenéCéline n'est pas dupe quant aux confetti.

Elle l'aime. Il l'a. "Regarde-moi, René : je chante pour toi !"

Le tissé-serré Made in Québec, tel qu’observé en 1994 par Jean-Jacques Goldman, expert en amour pas peu près, c’est l’album D’Eux.

 [...]

Pendant ce temps, ou juste avant, pas loin, dans le même ordre d’idées, dans des circonstances comparables, Marguerite Yourcenar était découverte par Grace Frick, lorsqu’elles avaient toutes les deux 34 ans, et qu'elles avaient l'une comme l'autre perdu leurs parents : elles étaient orphelines.

Quand elle rencontre Marguerite, Grace saisit immédiatement le personnage :

Née avec la conviction de sa particule, Marguerite ne voudra jamais "travailler".

Tout ce qui intéresse Marguerite, c'est de lire des livres, d'écrire de quoi, et qu'on l'écoute puis qu'on la lise.

Le reste, elle s'en moque un peu. Elle sait qu'elle veut être écrivain, Elle vit comme un écrivain depuis l'enfance. Après avoir été encouragée par son père dans ses aspirations à ne "travailler" que par le fruit de ses pensées, Marguerite rencontre Grace qui non seulement l'encourage à conserver un train de vie d'écrivain, mais l'épargne des attrocités de la guerre en lui ouvrant les portes de l'Amérique, en l'hébergeant, en lui trouvant des amis et des passe-temps.

Et Marguerite se plaint.

Heureusement pour MargueriteGrace Frick est aussi perspicace et tenace que Jean-Jacques Goldman, et aussi visionnaire et généreuse que René Angelil !

Pendant 12 ans, jusqu'à l'arrivée d'un coffre relançant Marguerite Yourcenar dans sa carrière d'écrivain, Grace Frick couve Marguerite Yourcenar, qui se plaint, certes, mais qui la distrait, pas peu près. Elle la dorlotte chaque fois que Marguerite tape une crisette existentielle, ou qu'elle fait une crisette tout court.

Marguerite Yourcenar n'avait pas seulement "décrété" qu'elle ne "travaillerait pas", elle avait également tendance à se croire malade, alors qu'elle ne l'était pas.

En plus d'être son amante, Grace Frick a pu jouer un rôle de soeur et de mère auprès de Marguerite Yourcenar, qui n'avait pas connu ces figures, et qui connaissait fort bien le coeur des hommes (comme celui de son père, avec qui elle philosophait) mais très peu celui des femmes, puisqu'elle leur courrait après et faisait un peu n'importe quoi. Marguerite Yourcenar accumulait les conquêtes, et tombait éperdument amoureuse du premier homme lui donnant des commentaires constructif sur ses textes, en l'occurence son premier éditeur après "son papa".

Comme tout intellectuel, Marguerite Yourcenar aimait qu'on s'intéresse aux fils de ses pensées.

C'est la nanane dans le métier.

Mais Marguerite Yourcenar n'aimait pas seulement qu'on s'intéresse aux fils de ses pensées : elle aimait aussi particulièrement s'intéresser aux fils des pensées des autres.

Les conversations, c'était son truc.

Grace Frick n'a pas connu les circonstances de Marguerite Yourcenar : elle n'est pas née avec la conviction d'une particule. Elle n'a pas grandi comme une fille à papa.

Grace Frick a connu des figures paternelles, fraternelles, maternelles, et de sororité, aux États-Unis, en navigant avec intelligence et agileté un tissé-serré Made in USA, pendant que Marguerite Yourcenar lisait les livres de son père, choisissait dès l'enfance ses matières, voyageait à travers l'Europe avec son papa, aux frais de leur particule, suivant papa qui flambait la fortune de la particule et qui croyait dur comme fer dans le talent de sa fille, dont il était fier, pas peu près, au point d'en publier "à compte d'auteur", i.e. self-published (à partir de la tirelire de la particule) les premiers écrits de Marguerite Yourcenar jugés dignes de publication par celle qui deviendrait la première femme à entrer à l'Académie Française.

Marguerite Yourcenar a été élue à l'Académie Française en 1980, après 42 ans d'amour de Grace Frick, aux États-Unis, et quelques mois après la mort de Grace Frick, en 1979.

Marguerite Yourcenar a été façonnée par son père puis par Grace Frick, lesquels l'ont nourrie, vêtue, entretenue, pendant qu'elle pouvait "se concentrer sur sa carrière", i.e. trouver l'inspi et produire de quoi, en se plaignant, parfois.

Puisque les conversations, c'était son truc, trouver l'inspi, pour Marguerite Yourcenar, c'était converser avec du monde, refléter sur ses conversations, écrire des lettres à ses potes, écrire ce qui lui passait par la tête, faire lire ses écrits à son amoureuse (Grace Frick), recevoir de cette amoureuse (Grace Frick) toutes sortes de commentaires et suggestions (i.e. Grace Frick, son amoureuse, était aussi son éditrice) et vivre aux frais de la princesse, soit de son amoureuse (Grace Frick), la fortune de la particule ayant disparu (après avoir été dilapidée par le père de Marguerite).

Grace Frick a aimé Marguerite Yourcenar en tenant la structure pour elle, en la couvant, en l'encourageant, en la rassurant, notamment.

Sur ce chemin, Marguerite Yourcenar s'est souvent plainte, de toutes sortes d'affaires et à toutes sortes de gens, dont Grace Frick.

Sur ce chemin, Marguerite Yourcenar s'est encore plus souvent que plainte montrée humble quant au succès de ses écrits, soit "la réception de son oeuvre", et reconnaissante quant au travail conjoint avec Grace Frick, dans "l'oeuvre" de Marguerite Yourcenar.

En plus d'être élevée dans le tissé-serré Made in USA, Grace Frick a été exposée, adolescente, aux méthodes d'enseignement du Wellesley College, une école privée féminine dans le Massachussets, et à L’Église du Christ, Scientiste, fondée par Mary Baker Eddy.

Par cette éducation, Grace Frick était exposée à des pratiques de vie et une lecture des textes sacrés, notamment La Bible, radicalement différentes de celles que connaissait Marguerite Yourcenar

Grace Frick et Marguerite Yourcenar étaient toutes les deux aussi cultivées, mais cultivées dans des environnements radicalement différents, suivant des aspirations complémentaires : là où Marguerite Yourcenar apportait la conviction de la particule, Grace Frick offrait la dévotion de la force tranquille.

C'est par la force de la conviction de Marguerite Yourcenar qu'est née "l'oeuvre" de Marguerite Yourcenar, et par la dévotion de Grace Frick qu'est mort "le projet de thèse doctorale" de Grace Frick, commencé en 1937 à l'Université Yale, soit l'année de sa découverte du phénomène Marguerite Yourcenar , phénomène que Grace Frick accepta d'entretenir, en mettant ses ambitions litéraires de côté, probablement sans rechigner, à tout le moins sans se plaindre autant que ne l'aurait fait Marguerite Yourcenar, placée dans les mêmes circonstances que Grace Frick.

Pourquoi s'intéresser à la dynamique entourant Grace Frick et Marguerite Yourcenar ?

Pourquoi s'intéresser à la dynamique entourant Céline Dion et René Angélil ?

Pourquoi s'intéresser à Elvis Presley ?


Car le "cas d'Elvis" montre le visage du gâchis charpentier.

Car la dynamique entourant René Angélil et Céline Dion montre des voies de riposte potentielles aux attaques du gâchis charpentier sous sa forme la plus volatile, soit la floquée de confetti ayant sauté sur René Angélil et Céline Dion, dans leur incarnation du tissé-serré Made in Québec.

Car la dynamique entourant Grace Frick et Marguerite Yourcenar montre des voies de prévision des attaques du gâchis charpentier sous sa forme la plus volatile, soient la floquée de confetti ayant sauté sur Marguerite Yourcenar à la sortie de leur livre, Les Mémoires d'Hadrien, dans leur incarnation de la force tranquille.


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Savato Kiriako

 

 

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