Loin d’elles deux, i.e. loin de chez eux.

Loin d’elles deux, i.e. loin de chez eux.

Puisqu’elle sait faire dans la dentelle, il l’imagine dans la subtilité.

Un orchestre symphonique, ce n’était qu’un amuse-bouche, pour l'aguicher.

Elle parsème son environnement de son amour, il le sent, il le sait.

 

Il la voit partout. Il l’entend.

Il n’en parle à personne : c’est évident

Qu’on attend

Qu’il fasse un faux pas, lamentablement.

 

Il écoute des chansons d’amour en anglais.

Ça lui permet de s’évader

Avec celle des deux avec laquelle il a besoin de danser

Sans pour autant n’être happé

Vers l’île de la création d’où son ex-mie chantait.

 

Kenny Rogers & Dolly Parton - "Islands in the Stream" | CMA Awards (1983)

 

Quand sa femme est avec lui, il la prend dans ses bras.

Quand elle n’est pas là, il rêve qu’il prend dans ses bras

Tour à tour chacune des deux femmes que toujours il aima

Avec laquelle il veut se rappeler que toujours il dansera.

 

Sa femme plaît depuis qu’elle est née.

Sa femme a souffert du fait qu’elle plaisait, il le sait.

Sa femme a été notamment abusée :

Dans sa chair

Dans son image

Dans les chansons

Qu’on lui faisait chanter, histoire d’exciter.

 

Quand il se souvient de ce que sa femme a traversé

Il se retient de lui faire ce que d’autres se permettaient :

L’aimer dans la chair, en pensant être en train d’aimer

Une autre femme que celle qu’il était en train d’embrasser.

 

Être avec elle, dans le concret,

En pensant à une autre, dans l’abstrait,

Jamais il ne voudrait

Déshonorer ainsi sa femme, qu’il aimait.

 

Entre ses désirs et sa réalité,

Il était bien obligé de constater

Qu’il voulait pouvoir s’imaginer

Refaire l’amour à celle qui l’avait

Jadis aimé, puis quitté, puis qui regrettait

Non pas de l'avoir jadis aimé, mais de l'avoir quitté.

 

Comme ben du monde, il a regardé et été sidéré

Lorsqu'il a vu à l'écran une interprétation de ce qu'il ressentait

Dans son cou, derrière lui au piano, quand il l'imaginait

L'enlaçant comme jadis, comme Demi Moore rêvant au toucher

De son amoureux assassiné.

 

Son ex-mie fait dans l’exubérance, mais elle sait

Tout à fait rester discrète : elle ne veut pas déranger.

Elle aussi a vu Ghost et a compris qu'elle le sentait.

 

Elle veut qu’il sache qu’elle l’aime encore, et que même s’ils ne pourront jamais

Se retrouver dans vraie vie, elle se satisfait à l’idée de penser à lui,

De savoir qu’il repense à eux deux amoureux, lui aussi.

N'en rêver qu'en pensées, à elle, ça suffit.

 

Pour lui, c’est plus compliqué.

 

 

Elle avance comme la cowgirl qu’elle était, quand ils se fréquentaient,

Avant qu’elle ne le quitte, pour aller vivre la vie de cowgirl, en vrai.

Elle a quitté la grande ville pour les montagnes, il sait

Que s’il y avait ben des affaires qui la faisaient tripper

Les cowboys représentaient son plus grand attrait.

 

C’est cette tendance qu’elle avait à adorer

Les gars qui se plaisaient à faire les quéqué

Qu’il avait magistralement exposée

8 années après s’être fait larguer

Avec La Groupie du pianiste, pour elle composée.

 

Michel Berger - La Groupie du pianiste (1980)

 

 Lui ne se sent pas vraiment cowboy,

Mais il a une ribambelle de groupies après lui,

Qui voudraient bien toucher son clavier,

En rêvant de la vie d'artiste, à ses côtés.

 

Y’est plutôt donneur-de-leçons,

Soit, comme elle dirait, « Monsieur-la-morale »,

Chapeau qu’il porte depuis qu’alors qu’il n’était encore qu’un garçon

Il a dû prendre position

Quant au juste et à l’injuste

Alors qu’il était « Le Fiston ».

 

Ainsi, il est un peu maître d’école, ça fait partie de lui :

Il le sait, c’est comme ça, il compose avec cet air

Qui fait son charme et partie de son je-ne-sais-quoi.

 

 

Il aime dire aux autres quoi faire,

Comment penser, que croire, etc.

Mais avec elle, il restait pantois.

 

Elle était la seule femme qu’il avait croisée dans sa vie

À savoir créer, elle aussi,

Des chansons, au piano, comme lui,

Soient des chansons d’amour, pour elle et lui.

 

Après qu’elle l’a quitté, pour un autre pianiste que lui,

Il a cherché à la remplacer, lui aussi.

Il a trouvé des femmes qui savaient chanter, comme elle.

Il a croisé des femmes qui savaient composer, comme elle.

Il n’a jamais recroisé son double, soit ce qu’elle était

Et celle qu’elle continuait d’incarner

Après 18 ans de carrière, depuis qu’elle l’avait quitté.

 

Après tout ce temps, il peut l’affirmer :

Personne d’autre n’est « comme Véro », elle qui sait

À la fois prendre le flambeau, avec humilité,

De Barbara et d’autres artistes, dont elle a hérité,

Et tracer sa propre route en défonçant les clichés,

Permettant, notamment, à d’autres auteures-compositrices-interprètes inspirées

D’écrire et de chanter « comme » Zaho de Sagazan, Solann ou Juliette Armanet

Comme pour ouvrir les fenêtres et dépoussiérer

Une industrie profondément ancrée

Dans l’ensemble des abus sur sa femme, retombés.

 

Si maman si, par France Gall, de Michel Berger (1977)

Véronique Sanson est « d’ailleurs », il le sait.

 

Elle est inarrêtable et insatiable.

Elle est imprévisible et risible.

Elle est douée et sait amadouer,

 

Et pourtant, elle aime se placer

Derrière un autre pianiste

Devant un orchestre symphonique

Après une autre femme

 

En pleurant, en criant, en créant

Sans pourtant rechigner, véritablement.

 

Il a créé avec d’autres artistes.

Il a écrit des chansons pour d’autres femmes.

Il a écrit des chansons pour lui et pour d’autres hommes.

 

Personne ne le fait créer comme elle le fait créer

En n’étant pas seulement sa muse, mais aussi son artiste

Car Véronique Sanson crée et interprète pour lui, elle aussi.

 

Monsieur-la-morale s’en voit intrigué.

 

 

Je sors la pochette de ton album

Et pouf ! tu apparais.

 

Ton image m’est si douce.

Je te regarde. Je suis béat.

 

Ton visage me frappe, puisqu’il m’est si gracieux.

Je ne changerais rien, mais surtout : j’embrasserais tout !

 

Je reste là quelques minutes. Je trouve ça pas mal tripant.

Mais malheureusement, je dois me dépêcher de redescendre.

 

Il ne faudrait pas que je reste là-haut trop longtemps, car je pourrais m’y perdre.

La transe, même par amour, est toujours plus importante à vivre dans le concret.

 

Alors, plutôt que de te raconter comment j’arrive à passer le temps et à me faire à l’idée

Qu’il y aura toujours entre nous une distance que je sais saine et qui pourtant m’insupporte

Et qu’en conséquence la majeure partie de notre aventure est vouée à se passer dans ma tête

Et que ça me brise le cœur il est évident que je ne dois pas pour autant passer sous silence

 

Combien j’ai encore envie de toi, pour vrai, dans vraie vie,

Et que si la seule vue de ton visage plastifié me fait cet effet :

Peux-tu t’imaginer ce que ça pourrait donner si on remettait le reste ?

 

 

Avec d’autres femmes que sa femme et son ex-mie, il s’autorise à les tromper

Tant qu’elles ne représentent aucune réelle menace

Ni pour l’une, ni pour l’autre des deux femmes

Entre lesquelles il est déjà fondamentalement déchiré.

 

Il s’autorise à faire

Ce qu’autour de lui on aime faire, i.e. sa théorie de la relativité,

Avec des femmes qui ne chercheront pas à les remplacer ;

Avec des femmes qui ne partiront pas à pleurer ;

Avec des femmes qu’il pourra embrasser

 

En ayant « la tête ailleurs », sans qu’elles n’en soient insultées.

Quelques mots d’amour, ce n’est pas si compliqué à donner.

 

 

Ils sont trois à consommer de quoi oublier

La peine qui les submerge à l’idée

D’être trois à chercher

À danser

Une valse à mille temps

Pour laquelle il ne veut qu’une seule partenaire

Mais que le sort a voulu lui présenter la première

Celle qui avait besoin de temps

Notamment pour décanter

Ce qu’elle n’a pu faire qu’après

L’avoir quitté, en avoir épousé un autre, avec qui elle a fait un bébé,

Laissant Monsieur-la-morale bien embêté,

Car pour s’en remettre, il s’est lui aussi précipité

Dans les bras d’une femme avec qui la narguer,

À qui il a fait deux bébés.

 

Quand ils y pensent, ils ont tous les trois le coeur déchiré :

Les trois enfants, les trois parents, les trois figures moralisées :

Les époux se devant respect et fidélité ;

Les parents devant offrir tendresse et sécurité ;

Les artistes créant et chantant des chansons d'amour pour exister.

 

« Et cette petite fille qui joue,

Qui n’veut plus jamais sourire,

Et qui voit son père partout,

Qui s’est construit un empire. »

Extrait d'un couplet de Chanter pour ceux qui sont loin de chez eux
de Michel Berger (1985)

 

Où qu’il aille, il est seul.

Où qu’il aille, il est triste :

À la fête, à la mer, à la ville, à la campagne, à la montagne...

Où qu’il aille, il est triste.

Où qu’il aille, il est seul.

 

Loin d’elles deux, i.e. loin de chez eux.

 

 ***

Pour nuancer au risque de se montrer bien indiscret

Les leçons de morale envoyées

En son temps, à tout bout d'champ, dans ses chants, dans sa postérité,

À un homme tout bonnement déchiré

 

Offert avec révérence et une dette immense par SCM-SK 

 

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